FRITZ. Les premières feuilles venues suffiront, pourvu qu'elles soient grandes et solides.
MOI. Va pour demain; car aujourd'hui nous avons encore beaucoup à faire. Il faut d'abord élever une hutte; ensuite il faudra dépouiller ceux des cochons qui sont demeurés entiers, saler les autres et les suspendre dans la hutte. Cette longue besogne nous retiendra bien ici une couple de jours.
JACK et FRITZ. Tant mieux, c'est un si bon endroit! Par où allons-nous commencer, mon cher père?
MOI. Vous pouvez rassembler des pieux et des branchages pour la construction de la hutte, tandis que votre mère et moi nous nous occuperons de la salaison.»
Après un repas tout à fait militaire, nous nous mîmes à la besogne. Mais bientôt l'épaisse fumée qui remplit la cabane lorsque nous eûmes commencé à présenter au feu la peau de nos cochons, força chacun d'abandonner précipitamment sa tâche pour aller respirer au grand air. Je partageai les animaux par quartiers, en remarquant que le lard ne se trouvait pas immédiatement sous la peau comme chez les cochons domestiques, mais répandu dans la masse de chair, comme chez les espèces sauvages. Puis nous préparâmes les quartiers selon la méthode indiquée, en attendant la cabane, qui ne fut prête que le soir du jour suivant, car la matinée avait été employée aux préparatifs du rôti taïtien, et Fritz avait profité de ma permission pour réclamer l'aide de ses frères dans la construction de son fourneau.
Nos cuisiniers commencèrent par creuser une fosse circulaire au fond de laquelle ils allumèrent un feu de cannes sèches, destiné à faire rougir les cailloux dont elle était à moitié remplie. Le cochon fut dépouillé, vidé, lavé et entouré de patates et de choux aromatiques. Le sel ne fut pas oublié; car nous étions peu disposés à imiter les Taïtiens dans leur antipathie pour cet assaisonnement.
Pendant ces préparatifs, ma femme hochait la tête et murmurait entre ses dents: «Pour l'amour du ciel! un cochon tout entier..., dans un fourneau de terre..., avec des cailloux rougis au feu! Ce sera un délicieux régal pour des estomacs friands, en vérité!»
Malgré ces réflexions, l'excellente femme ne nous épargna pas ses conseils sur la manière dont il fallait disposer l'animal pour qu'il pût paraître sur la table d'une manière décente, mais sans se promettre un résultat bien satisfaisant de ses peines.
À défaut de feuilles de bananier, j'avais recommandé à Fritz d'envelopper son rôti dans des écorces d'arbre pour le garantir de la cendre. On forma donc un lit d'écorce au fond de la fosse, immédiatement au-dessus des cailloux rougis. Le rôti fut déposé avec soin dans son enveloppe, et recouvert d'une seconde couche de feuilles qui reçut le reste des cailloux et de la cendre chaude. Tout l'appareil disparut bientôt sous une épaisse couche de terre, et demeura abandonné à lui-même.
La mère, qui avait regardé l'opération d'un air pensif et les bras croisés, s'écria alors les mains levées au ciel avec un désespoir comique: