Avant d'entrer dans la savane, nous fîmes halte pour contempler l'immense plaine qui se déroulait devant nos regards. À gauche, au delà du fleuve, s'élevaient de nombreuses montagnes couvertes de magnifiques forêts de palmiers; à droite, des rochers menaçants qui semblaient percer les nuages, et dont la longue chaîne, s'éloignant graduellement de la plaine, laissait à découvert un horizon à perte de vue.

Jack et moi, nous ne tardâmes pas à reconnaître le marécage où nous avions pris notre premier buffle; puis nous dirigeâmes notre marche vers le sommet d'une colline éloignée qui nous promettait un panorama général de toute la contrée.

Nous avions traversé le ruisseau; et au bout d'un quart d'heure de marche, le pays ne nous offrit plus qu'un désert aride, où la terre, brûlée par le soleil, était sillonnée par de profondes crevasses. Par bonheur chacun de nous avait eu la précaution de remplir sa gourde; car toute trace d'humidité avait disparu, et le petit nombre de plantes que nos regards rencontraient se traînaient sans force sur le sol dévoré. J'avais peine à comprendre comment une demi-heure de marche pouvait avoir ainsi totalement changé l'aspect de la contrée.

«Cher père, me dit enfin Jack, sommes-nous venus jusqu'ici dans notre première expédition?

MOI. Non, mon enfant, nous sommes à deux milles plus loin, et nous voici au milieu d'un véritable désert. Pendant les pluies des tropiques, et quelques semaines après, le terrain se couvre d'herbes et de fleurs; mais, aussitôt que le bienfaisant arrosement du ciel a cessé, la végétation disparaît, pour ne renaître qu'à la saison prochaine.»

Pendant quelque temps le silence de notre marche ne fut interrompu que par des soupirs et des gémissements entrecoupés des exclamations suivantes: «Arabia Petroea! Pays de désolation et de malédiction! Voici assurément le séjour des mauvais esprits.

MOI. Courage et patience, mes chers enfants! Vous connaissez le proverbe latin: Per angusta ad augusta. Qui sait si la cime de la montagne ne nous réserve pas quelque consolation inattendue, si ses flancs ne vont pas nous offrir quelque source enchantée?»

Après une marche pénible de plus de deux heures, nous parvînmes, épuisés de fatigue, au terme de notre route, et chacun se laissa tomber à l'ombre du rocher, sans que la chaleur et l'épuisement nous permissent de chercher un meilleur gîte.

Pendant plus d'une heure, nous demeurâmes en silence dans la contemplation du spectacle qui s'offrait à nos regards. Une chaîne de montagnes bleuâtres terminait l'horizon à une distance de quinze à vingt lieues devant nous, et le fleuve serpentait dans la plaine à perte de vue au milieu de ses deux rives verdoyantes, semblable à un ruban d'argent, sur un tapis d'une couleur sombre et uniforme.

Depuis quelque temps, le singe et les chiens nous avaient quittés; mais personne ne songea à les poursuivre. Nous ne pensions qu'à nous reposer et rafraîchir nos lèvres avec le suc de quelques cannes à sucre qui remplissaient ma gibecière.