La faim ne tarda pas à se faire sentir, et nous nous assîmes avec plaisir autour des restes du pécari.

«Il est encore heureux, remarqua Fritz, de se trouver muni d'un morceau de rôti dans une contrée aussi peu fertile en fruits et en gibier.

—Quel rôti! interrompit Ernest; il me rappelle le rôti du cheval des Tatars, cuit sous la selle d'un cavalier du désert.

—Ah! reprit Jack, les Tatars mangent donc la chair du cheval?

—Oui, lui répondis-je; mais quant au mode de cuisson, il faut croire qu'il y a là quelque méprise des voyageurs.»

Fritz, qui venait de se lever pour examiner les environs, s'écria tout à coup: «Au nom du Ciel! qu'est-ce que j'aperçois là-bas? Il me semble voir deux hommes à cheval; en voici un troisième, et les voilà qui se dirigent, vers nous au grand galop. Ne seraient-ce pas des Arabes ou des Bédouins?

MOI. Ni l'un ni l'autre, selon toute apparence. Et d'ailleurs quelle différence fais-tu entre un Arabe et un Bédouin, lorsque tu dois savoir que le Bédouin n'est autre chose que l'Arabe du désert? Maintenant, Fritz prends ma lunette d'approche, et dis-nous ce que tu aperçois.

FRITZ. Je vois un grand troupeau d'animaux paissant, une multitude de meules de foin, et des chariots chargés qui sortent du taillis pour se diriger vers le fleuve, et qui regagnent ensuite leur retraite. Toute cette scène me paraît étrange, sans qu'il me soit possible de la suivre distinctement.

JACK. Le grave Fritz me fait tout l'effet d'un visionnaire; laisse-moi regarder à mon tour.... Oui, oui, j'aperçois des lances avec leurs banderoles flottantes. Il faut appeler les chiens et les envoyer à la découverte.

ERNEST. Passe-moi la lunette à mon tour. En vérité, voici un quatrième cavalier qui se joint aux trois premiers. D'où peut-il être sorti? Il faut nous tenir sur nos gardes et songer à la retraite.