MOI. Laisse-moi regarder: ma vue, pour être moins perçante que la vôtre, n'en est peut-être que plus sûre. Je crois que nous en avons déjà fait l'expérience une ou deux fois. Tes chariots et tes meules de foin, mon pauvre Fritz, me donneraient quelque inquiétude, si par bonheur nous n'étions hors de leur portée, car je présume que ce sont des éléphants ou des rhinocéros; quant aux animaux paissant, il est facile de les reconnaître pour des buffles et des antilopes. Et maintenant les cavaliers arabes, les pillards menaçants du désert prêts à fondre sur nous, ce sont.... Ne saurais-tu me le dire, mon cher Jack?

JACK. Des girafes, peut-être.

MOI. Pas mal deviné, quoique tu sois encore au-dessous de la réalité. Nous nous contenterons pour cette fois de voir dans ces animaux des autruches ou des casoars. Il faut leur faire la chasse afin d'en prendre une vivante, ou du moins de rapporter un trophée de plumes d'autruche.

FRITZ et JACK. Oh! cher père, quel bonheur d'avoir une autruche vivante! un grand plumet sur nos chapeaux ne serait pas non plus à dédaigner.»

À ces mots, ils coururent vers l'endroit où ils avaient vu les chiens s'enfoncer, tandis qu'Ernest et moi nous profitâmes de l'épaisseur d'un bosquet voisin pour échapper aux regards des animaux qu'il fallait approcher. Je ne tardai pas à reconnaître, parmi les plantes qui nous entouraient, une espèce d'euphorbe assez fréquente dans les endroits rocailleux. C'était le tithymale des apothicaires, dont le suc, bien que vénéneux, est d'un assez grand usage en médecine. Je fis à la hâte quelques incisions dans les tiges qui se rencontrèrent sous ma main, en me réservant d'en recueillir moi-même le suc qui en découlerait. Ernest, préoccupé de notre nouvelle entreprise, ne remarqua pas l'opération.

Nous ne tardâmes pas à être rejoints par Fritz et Jack, qui ramenaient la meute et leur fidèle compagnon. Le singe et les chiens avaient puisé dans l'eau une nouvelle activité de bon augure pour le résultat de notre entreprise.

Nous tînmes aussitôt conseil sur la manière dont il fallait ordonner l'attaque; car nous nous trouvions maintenant assez près des autruches sans défiance pour suivre de l'œil tous leurs mouvements et leurs jeux. Je comptai quatre femelles et un seul mâle, reconnaissable à son plumage d'une blancheur éblouissante. Je recommandai aux chasseurs d'en faire le principal point de mire de leur attaque.

MOI. «C'est là que Fritz va faire merveille avec son aigle: car qui sait si nous autres, pauvres bipèdes, nous viendrons à bout de notre capture? Enfin chacun fera de son mieux.

JACK. Voilà Ernest, qui a déjà gagné le prix de la course; et Fritz et moi, qui ne sommes pas tant à dédaigner.

MOI. Je sais que vous êtes d'excellents coureurs pour votre âge; mais aucun de vous n'est encore de la force de l'autruche, dont la course égale la rapidité du vent, et qui défie le galop du cheval le mieux exercé.