MOI. Le marché est accepté; car vous paraissez avoir bien mérité un verre de vin, quoique vous soyez partis pour votre chasse un peu trop brusquement.

FRANZ. Quant à moi, j'aimerais mieux quelque chose de solide; car la vie sauvage, la chasse et le cheval donnent un terrible appétit.

MOI. Un moment de patience, et vous allez avoir de quoi satisfaire à tout. Nous allons voir le triomphe de la cuisine civilisée sur la cuisine sauvage. Mais avant tout il faut prendre soin de vos montures: un bon cavalier songe à son cheval avant de songer à lui-même.»

À peine cette besogne était-elle terminée, que la mère apporta le souper, à la grande satisfaction de nos chasseurs, en accompagnant chaque plat de quelque remarque plaisante.

«Voici, d'abord, s'écria-t-elle, un cochon de lait européen transformé en marcassin d'Amérique. Il a laissé là sa tête pour courir plus vite, selon la coutume des imbéciles. Et voilà maintenant une excellente gelée hottentote cueillie dans le potager de la vieille Thétis.»

Les saillies de la mère furent accueillies avec des applaudissements unanimes, surtout lorsque nous la vîmes reparaître avec une bouteille de notre excellent hydromel, que nous dégustâmes avec autant de plaisir qu'en éprouvaient les dieux d'Homère en savourant leur nectar à la table de Jupiter.

Alors Fritz nous raconta comment ils avaient passé tout le jour aux environs de Waldeck, et comment ils avaient disposé leurs pièges de tous côtés, se servant de carottes pour attirer les ondatras, et de menu poisson pour les rats d'eau. Quelques racines d'anis et une demi-douzaine de poissons péchés à la ligne avaient composé tout leur dîner, et à peine avaient-ils pris le temps de préparer ce frugal repas.

Ici l'impétueux Jack reprit la parole en s'écriant: «Ah! oui; et mon chien est un animal impayable! ne m'a-t-il pas fait lever des lièvres sous le nez!

—Oui, ajouta Franz, et il m'a conduit droit au kanguroo, qui paissait tranquillement l'herbe à dix pas de nous. C'est une jeune bête, j'en réponds, et qui n'avait pas encore eu le temps de sentir l'odeur de la poudre.

—Et moi, reprit Fritz, j'ai eu le bonheur de découvrir ces gros chardons, qui pourront nous être utiles pour le cardage de notre feutre. J'ai rapporté aussi plusieurs rejetons, dont quelques-uns sont déjà gros, et qui ne tarderont pas à devenir des arbustes. Enfin j'ai abattu avec mon fusil un singe impudent qui m'avait lancé une énorme noix de coco presque sur la tête.»