MOI. Peste, comme vous y allez! On dirait que nous sommes dans la Nouvelle-Géorgie, et ce n'était pas la peine de tant railler le pauvre Ernest lorsqu'il a mis l'affaire sur le tapis. Si j'écoutais tous ces beaux projets, je ne saurais bientôt plus où prendre du temps et des forces pour exécuter tout ce qui vous passe par la tête.

TOUS. Nous vous aiderons, cher père, nous travaillerons autant qu'il vous plaira; mettez-nous seulement à l'épreuve.

MOI. Si vous tenez tant à ce projet, nous verrons à nous en occuper plus tard. Mais maintenant j'ai besoin de terre à porcelaine et de grands bambous pour exécuter un plan plus important. Tenez-vous prêts à m'accompagner jusqu'à l'Écluse.

TOUS. Merci, mille fois merci, cher père! Voici donc les excursions, la chasse et les découvertes qui vont recommencer; cela vaut mieux que tous les ponts-levis du monde.

FRITZ. Je vais préparer un pemmikan pour la route. Il nous reste assez de chair d'ours pour cela, et elle ne vaut pas grand'chose autrement.»

Cet entretien me fit voir qu'il y avait un plan de campagne organisé de longue main, et contre lequel il ne me restait aucune objection sérieuse, car la saison était éminemment favorable, et tout ce qui tendait à semer quelque variété dans la vie uniforme de Felsen-Heim me paraissait devoir être accueilli avec empressement.

Fritz courut vers sa mère, qui était occupée au jardin, et lui demanda humblement un morceau de chair d'ours pour préparer un pemmikan.

MA FEMME. «Veux-tu commencer par me dire ce que c'est qu'un pemmikan, et ce que tu en veux faire?

FRITZ. Le pemmikan est une provision de bouche que les marchands de peaux du Canada ont coutume d'emporter dans leurs longs voyages de commerce parmi les tribus indiennes. Elle consiste en chair d'ours ou de chevreuil coupée en petits morceaux et pilée; il n'y a pas d'aliment moins embarrassant et plus nutritif.

MA FEMME. Et pourquoi y songer aujourd'hui plutôt qu'un autre jour?