Se retranchant derrière le tronc d'un arbre, il arma sa carabine et la dirigea vers la tête de l'animal. Mais au même instant les chiens, passant de la terreur à une espèce de rage, s'élancèrent sur l'hyène avec un hurlement terrible. En même temps Franz lâcha son coup si heureusement, que la balle alla fracasser une des pattes de devant de l'animal, et lui faire une large blessure dans la poitrine.

Cependant Fritz accourait de toutes ses jambes pour soutenir son frère; mais, par bonheur, son secours était devenu inutile: car les deux chiens, profitant de leur avantage, s'étaient précipités sur l'ennemi avec tant d'impétuosité, que celui-ci avait assez à faire de se défendre. Fritz aurait bien voulu tirer; mais les combattants étaient si acharnés, qu'il n'avait rien de mieux à faire qu'à attendre le moment favorable. Toutefois les chiens combattaient vaillamment, et leur adversaire, épuisé par la perte de son sang, finit par succomber.

Fritz et Franz, s'étant élancés sur le champ de bataille, trouvèrent l'hyène réellement morte, et les chiens, acharnés sur son cadavre, ne lâchèrent prise qu'après la plus violente résistance. Les enfants, poussant un long cri de triomphe, appelèrent à eux les valeureux animaux pour les caresser; leurs blessures furent pansées avec de l'eau fraîche et de la graisse d'ours apportée pour la cuisine. Jack ne tarda pas à rejoindre ses frères, après s'être tiré à grand'peine du marécage; il ne put retenir un cri d'étonnement et d'effroi à la vue du terrible ennemi dont les chiens venaient de triompher. L'hyène était de la grosseur d'un sanglier, et si vigoureuse, que nos deux braves défenseurs n'en seraient certainement pas venus à bout sans sa blessure. Franz réclama l'animal avec vivacité comme sa propriété, et l'on ne put s'empêcher de reconnaître la justesse de ses prétentions.

Les enfants ne tardèrent pas à arriver à Waldeck, dont une petite distance les séparait. Après avoir déchargé le chariot et placé en lieu sûr tout ce qu'il renfermait, ils se mirent en devoir de dépouiller et d'écorcher le terrible animal. Cet important travail, interrompu de temps en temps pour tirer quelques oiseaux, les occupa le reste du jour. Vers le soir, la petite troupe alla chercher le repos sur nos deux belles peaux d'ours, que les voyageurs n'avaient pas oublié de s'approprier pour cet usage.

Vers le même temps, nous étions assis tous les trois après notre travail du jour, nous entretenant des voyageurs, Ernest avec quelques regrets, et ma femme avec une légère teinte d'inquiétude. Quant à moi, j'étais sans crainte, plein de confiance dans la hardiesse et le sang-froid du chef de l'expédition.

Ernest finit par nous dire: «Demain, mes chers parents, j'espère être le premier à vous donner de bonnes nouvelles des voyageurs.

MOI. Oh! oh! aurais-tu l'intention d'aller leur faire visite, par hasard? Ce projet ne m'arrangerait nullement, attendu que j'ai encore besoin de toi pour demain.

ERNEST. Je ne bougerai pas d'ici, et cependant j'espère demain au plus tard recevoir des nouvelles de nos voyageurs. Qui sait si je ne verrai pas en rêve ce qu'ils ont fait aujourd'hui, et le lieu où ils se trouvent à cette heure?

MA FEMME. S'il m'était permis de compter sur les songes, je devrais avoir la préférence et comme femme et comme mère, car mon cœur est auprès des absents.

MOI. Voyez donc quel peut être ce traînard qui regagne le pigeonnier. L'obscurité m'empêche de distinguer si c'est un hôte de la maison, ou bien un étranger.