[CHAPITRE XXI]

[Nouvelles découvertes à l'occident.—Heureuse expédition de Fritz.—Les dents de veau marin.—La baie des Perles.—La loutre de mer.—L'albatros.—Retour à Felsen-Heim.]

Si les années avaient développé les forces morales et physiques de mes enfants, elles avaient fait naître aussi dans leurs jeunes esprits des sentiments d'indépendance qui n'étaient pas toujours d'accord avec ma sollicitude paternelle. Souvent je passais des jours entiers sans avoir de nouvelles des deux aînés, car Ernest lui-même sortait de son indolence habituelle toutes les fois que sa soif de savoir était puissamment excitée: et lorsque j'avais préparé quelque grave sermon pour le retour de mes jeunes aventuriers, ils revenaient avec de si intéressantes découvertes ou de si utiles observations, que je n'avais pas le courage de les gronder.

Un jour que Fritz avait disparu, et que l'absence de son caïak révélait assez le chemin qu'il avait pris, nous montâmes au corps de garde pour épier son retour. Après quelques instants d'attente, j'aperçus au loin un point noir qui se balançait sur le sommet des vagues, et bientôt ma lunette nous permit de distinguer le pêcheur et son canot qui se dirigeaient lentement vers le rivage de Felsen-Heim.

Nous saluâmes son arrivée d'un coup de canon, et à peine était-il débarqué que je pus m'expliquer facilement la lenteur de sa marche. L'avant du canot était chargé d'un énorme paquet, et à l'arrière flottait un sac pesant, qui n'accélérait pas la course de l'esquif.

«Dieu soit loué! m'écriai-je du plus loin que je l'aperçus. Te voici de retour sain et sauf, avec un riche butin, à ce que j'aperçois.

—Oui, Dieu soit loué! me répondit-il, car j'ai fait un bon voyage, et je rapporte de bonnes nouvelles.»

Aussitôt que le caïak eut touché le sable, il fut enlevé avec son équipage par nos trois vigoureux athlètes, et rapporté en triomphe à Felsen-Heim. Nous nous assîmes en silence, attendant avec curiosité le récit de Fritz, qui commença bientôt en ces termes:

«Je prierai d'abord mon père de me pardonner si je suis parti sans sa permission; mais la mer était si calme, que je n'ai pu résister au désir de tenter une petite excursion. Réfléchissant que la partie occidentale de ces contrées nous était restée inconnue jusqu'à ce jour, j'avais résolu d'y tenter un voyage de découvertes, et je tins mon projet secret, craignant de rencontrer de l'opposition de votre part. Depuis longtemps tous mes préparatifs étaient faits, et je n'attendais plus qu'une occasion favorable.