—Tu viens de faire aujourd'hui une précieuse découverte, dis-je à Fritz avec joie, et qui nous vaudra peut-être plus tard la reconnaissance d'une grande nation. Mais, pour le moment, tes perles nous sont aussi inutiles que tes nids d'hirondelles. Toutefois nous ne manquerons pas de rendre visite à la précieuse mine qui fournit de pareils échantillons. Maintenant achève ton récit.
FRITZ. Lorsque j'eus ranimé mes forces par un frugal repas, je continuai ma route le long de ce délicieux rivage jusqu'à l'embouchure du fleuve que j'avais observé. Son courant est un peu rapide, et ses rives couvertes d'un rempart de plantes marines qui présentent l'aspect d'un gazon verdoyant. Ses bords sont peuplés d'une innombrable quantité d'oiseaux aquatiques, qui prirent la fuite à mon approche. Me souvenant d'avoir lu quelque chose d'analogue sur le fleuve Saint-Jean dans la Floride, je pris plaisir à baptiser ma nouvelle découverte du nom de rivière Saint-Jean. Après avoir renouvelé ma provision d'eau à ces sources bienfaisantes, je résolus d'achever le tour de la grande baie, à laquelle je donnai le nom de baie des Perles. Elle peut avoir deux lieues de largeur en ligne droite; une chaîne de rochers qui court d'une extrémité à l'autre la sépare de la pleine mer, à l'exception du passage, assez large pour donner accès aux plus gros bâtiments. Cette magnifique baie ne pourrait manquer de devenir port du premier ordre, le jour où il s'élèverait une ville sur ses bords.
«J'essayai de sortir par le passage que je venais de découvrir; mais la violence des flots me contraignit de renoncer à ce projet. Il me fallut donc regagner la pointe occidentale de la baie, où je ne tardai pas à me trouver au milieu d'une colonie d'animaux marins qui me parurent de la grosseur d'un chien de mer ordinaire. Après avoir observé quelque temps leurs jeux sans être aperçu, j'éprouvai le désir de m'emparer de l'un d'entre eux, afin de l'étudier plus à mon aise. Comme je me trouvai à une trop grande distance pour hasarder une attaque dont les suites eussent pu devenir fâcheuses, j'attachai mon esquif derrière une pointe de rocher, et, m'armant d'un fusil, je lâchai mon aigle sur la proie que je convoitais. L'oiseau s'éleva majestueusement dans les airs, et vint s'abattre sur un des plus beaux animaux de la troupe. J'arrivai à temps sur le champ de bataille pour achever l'animal d'un coup de hache; le reste de la troupe avait disparu comme par enchantement.»
Ici le conteur fut interrompu par un concert de voix curieuses, au milieu desquelles on distinguait les questions suivantes: «Dites-nous donc quel était cet animal?—Est-ce un chien de mer?—Nous l'as-tu rapporté?
FRITZ. Comment pouvez-vous le demander? Je l'ai amené à la remorque, attaché à l'arrière de mon caïak, et il a parfaitement supporté le voyage.
ERNEST. Oui, vraiment, et je remarque que tu l'as soufflé à la manière des Groënlandais. Quant à l'espèce de l'animal, il me semble le reconnaître pour une loutre de mer, si les descriptions que j'en ai lues sont exactes.
MOI. Dans ce cas ce serait une précieuse capture, et nous aurions là un excellent article de commerce pour les bâtiments chinois, car les mandarins paient cher cette espèce de fourrure.
MA FEMME. Oui, les hommes prisent toujours le superflu bien au-dessus du nécessaire.
MOI. Raconte-nous donc comment tu t'y es pris pour ramener ta capture avec tant de succès; car ton bâtiment est bien faible pour un tel fardeau.
FRITZ. Il m'en a coûté assez de peine et de travail, et je voulais d'abord le laisser là; mais le procédé des pêcheurs groënlandais me revint à temps à la mémoire, et, en dépit de ma maladresse, il finit par avoir un plein succès.