«Mon travail fut interrompu par la foule des oiseaux de mer qui venaient voler autour de moi en effleurant mon visage de leurs ailes bruyantes. Fatigué de cette attaque d'un nouveau genre, je finis par saisir la hache de la chaloupe, et, frappant au hasard au-dessus de ma tête, je vis tomber à mes pieds un albatros. Ses plus belles plumes me servirent pour achever mon opération, et bientôt la loutre fut en état de surnager à la surface de l'eau. Il était temps alors de songer au retour; mon caïak fut donc remis à la mer, traînant à sa suite ma précieuse capture, et, après m'être heureusement tiré des dangereux passages qui entravaient la marche de mon esquif, je ne tardai pas à me trouver dans des parages bien connus. Bientôt notre pavillon m'apparut dans l'éloignement, et peu de minutes après le bruit du canon d'alarme vint m'annoncer votre voisinage.»

Tel fut le récit de Fritz. Aussitôt qu'il eut cessé de parler, la foule des auditeurs se précipita avec un tel enthousiasme vers les riches trésors dont il venait d'enrichir la colonie, que la bonne mère elle-même ne put résister à l'entraînement général.

L'entretien recommença à rouler sur les perles, et Franz me demanda si toutes les perles ont le même éclat et le même prix.

MOI. «Non, sans doute; on a remarqué que la pureté des perles varie en raison du fond qu'habitent les couches d'huîtres. Dans les fonds marécageux elles sont troubles et sans éclat; dans les fonds de sable, au contraire, elles sont blanches et transparentes.

FRITZ. En définitive, que sait-on sur la formation des perles?

MOI. Il résulte des informations des naturalistes que les perles se trouvent généralement dans les huîtres dont la coquille a été percée par le petit animal de mer appelé phakas. Selon l'opinion générale, la perle serait formée d'une matière calcaire que distille l'huître, et qu'elle emploie à boucher la légère ouverture percée par son ennemi.

FRANZ. Les huîtres à perles sont-elles toujours faciles à découvrir?

MOI. Non, sans doute, mon cher enfant; elles se trouvent souvent à une profondeur de soixante pieds et davantage. La plupart du temps, l'huître est fortement attachée au rocher; des pêcheurs exercés depuis l'enfance vont les détacher à l'aide d'un instrument tranchant, et les jettent à mesure au fond d'un grand sac qu'ils remontent à la surface de l'eau lorsqu'il est rempli. Mais, malgré tous les soins, la pêche des perles est pénible et dangereuse. Il n'est pas rare de voir les plongeurs, à la fin de la journée, rendre le sang par le nez ou par les oreilles.»

Les enfants ne manquèrent pas de me faire observer que nous pouvions commencer immédiatement la pêche des perles dans la grande baie, où elle ne présentait ni fatigue ni danger; et je cédai sans peine à leur désir.

Toute la famille fut bientôt occupée des préparatifs de cette importante expédition, et j'eus la satisfaction de voir devant moi un attirail de pêche aussi complet que pouvait le permettre la faiblesse de nos ressources.