Les munitions de bouche n'avaient pas été oubliées. Une bonne provision de pemmikan frais, de pain de cassave, d'amandes et de pistaches, composait le fond de notre cuisine de voyage, et un petit tonneau d'hydromel devait nous fournir une agréable boisson.
[CHAPITRE XXII]
[Les nids d'hirondelles.—Les perles fausses.—La pêche des perles.—Le sanglier d'Afrique.—Danger de Jack.—La truffe.]
Le premier jour où le ciel et la mer me parurent favorables à nos projets, nous nous mîmes en route pour notre grande expédition, accompagnés des vœux de la bonne mère, qui demeurait avec Franz à la garde du logis. Notre escorte se composait de Knips, du chacal et de nos deux fidèles compagnons, Falb et Braun, que j'avais coutume de comparer aux chiens que le roi Porus envoya jadis à Alexandre, et dont l'histoire rapporte qu'ils n'auraient pas refusé le combat contre un lion ou un éléphant.
Fritz nous servit de pilote. Placé à côté de Jack dans son léger esquif, il s'était chargé de guider notre marche incertaine au milieu des rochers de la côte. Je suivais le caïak avec la pinasse, en ayant soin de ne déployer ma voile qu'à demi, jusqu'à notre arrivée dans des parages plus tranquilles.
À chaque instant les rochers offraient à nos regards de nombreux débris de veaux marins, trésors précieux pour notre muséum. Mais, ne voulant pas perdre une minute, je décidai qu'on négligerait pour le moment cette riche collection.
Dans les paisibles parages où notre flotte venait de parvenir, la mer avait la transparence d'un miroir; et les nautiles se livraient sans défiance à leurs jeux innocents sur la surface des flots, que ridait à peine une légère brise. Après s'être amusé quelque temps des gracieuses manœuvres de ces légers habitants de l'onde, l'équipage du caïak résolut de leur faire la chasse, et bientôt la chaloupe reçut une collection de ces délicates créatures. Il fut décrété à l'unanimité que cet endroit du rivage porterait désormais le nom de baie des Nautiles.
Nous ne tardâmes pas à rencontrer un promontoire en forme de cône tronqué, qui reçut le nom du cap Camus. De son extrémité occidentale on apercevait dans l'éloignement un second cap, derrière lequel se trouvait la baie des Perles, selon le récit de notre pilote.
Plus nous approchions de la grande voûte découverte par Fritz dans sa dernière expédition, plus nos regards étaient frappés de sa masse imposante. On l'eût dite formée par les Titans avec les débris des montagnes dont ils avaient voulu se servir pour escalader le ciel.