Une innombrable armée d'hirondelles de mer sortit à notre approche des profondeurs de la caverne; mais, rassurés par notre immobilité, ces innocents hôtes du rocher ne tardèrent pas à disparaître de nouveau dans leurs obscures retraites.
Lorsque la chaloupe eut atteint l'entrée de la voûte, la curiosité fit place à une insatiable avidité malheureusement trop facile à satisfaire. Tous les instruments disponibles furent mis en œuvre, et les nids tombaient par douzaines sous nos mains impitoyables. Toutefois nous choisissions de préférence les nids abandonnés, afin d'épargner les œufs et les petits de nos innocents ennemis. Fritz et Jack se montraient les plus actifs dans ce nouveau genre de pillage, et leurs filets ne désemplissaient pas. Ernest et moi, nous procédions avec plus de méthode, nous attachant aux nids placés dans les régions inférieures du rocher, et n'abandonnant chaque pièce de notre butin qu'après l'avoir nettoyée aussi parfaitement que le temps le permettait.
Au bout de quelques minutes, la provision me sembla suffisante, et, désireux d'arracher mes enfants à cette œuvre de destruction, je donnai l'ordre aux deux équipages de se préparer à traverser la grande voûte.
Nous éprouvâmes un mouvement de légère inquiétude, causée par l'obscurité du passage souterrain, où le cri des hirondelles, répété par les échos de la voûte, retentissait avec un bruit sinistre; mais notre guide nous tranquillisa en m'assurant que le passage était sans danger.
«Mais, s'écria tout à coup Ernest, n'est-il pas bien plaisant de nous voir ici nous donner tant de peines inutiles, sans savoir si jamais il abordera un navire sur ces côtes inhospitalières?
MOI. L'espérance, mon cher enfant, est un des plus grands biens de la pauvre humanité; c'est la fille du courage et de l'activité; car l'homme courageux ne désespère jamais, et celui qui espère travaille sans relâche à l'accomplissement de son désir. Laissons à la philosophie des esprits faibles les impuissantes dissertations sur l'incertitude des entreprises humaines et sur la vanité des espérances des aveugles mortels. Toutefois il est temps de mettre un terme à nos déprédations d'aujourd'hui, de peur que notre philosophe ne nous compare avec mépris à ces vils oiseaux de proie qui s'emparent de tout ce qui tombe sous leurs serres, sans savoir s'ils tireront quelque avantage du fruit de leurs captures.»
En achevant ces mots, je pressai les préparatifs du départ avec d'autant plus d'ardeur, que la marée commençait à monter, et qu'elle devait nous être d'un grand secours pour traverser le canal souterrain. En effet, elle ne tarda pas à nous emporter avec une telle rapidité, que, le travail des rames devenant inutile, nous pûmes contempler à loisir la majesté du spectacle qui frappait nos regards. À chaque pas nous apercevions d'immenses cavernes dont l'obscurité nous dérobait l'étendue, mais qui devaient pénétrer au loin dans les flancs profonds de la montagne. On eût dit que le grand architecte de la nature avait jeté dans ce lieu les fondements d'un temple gigantesque, que sa main puissante dédaignait d'achever. Les animaux marins s'étaient emparés de ces immenses galeries, où à chaque pas se présentait à nos regards quelque trace nouvelle de leurs étranges habitants.
Parmi les nombreuses espèces de poissons dont la grotte était peuplée, je reconnus l'ablette, dont l'écaille brillante sert à la confection des perles fausses: c'est pourquoi l'on fait des pêches considérables de ce poisson dans la Méditerranée.
Tout mon petit monde savait fort peu de choses sur les perles fausses. Il fallut lui donner quelques explications à cet égard pour compléter mon cours d'histoire naturelle.
«Les perles fausses, dis-je alors, sont d'un grand usage dans le commerce: on se sert de petits globules de verre revêtus d'un vernis formé avec l'écaille de l'ablette. Ces perles sont régulières, d'une assez belle eau et assez estimées.