MOI. Non, mon enfant; elle ne se trahit que par son parfum, et l'on ne saurait dire, à proprement parler, si c'est une racine, un tubercule, ou un fruit, car son mode de propagation est un mystère pour les naturalistes. Du reste, on les trouve de toutes les grosseurs, depuis le pois jusqu'à la pomme de terre.
ERNEST. Reconnaît-on plusieurs espèces de truffes, et l'histoire naturelle les range-t-elle au nombre des plantes, bien qu'elles n'aient ni feuilles ni racines?
MOI. La truffe est rangée communément dans la classe des champignons, quoiqu'elle en diffère sous bien des rapports. Mais je ne saurais dire s'il en existe de plusieurs espèces.»
Cet entretien nous avait menés jusqu'à l'heure du souper, et nous ne tardâmes pas à nous occuper des préparatifs nécessaires pour la nuit. Le feu de veille fut allumé selon l'habitude, et chacun se retira dans la chaloupe, où nous passâmes une nuit aussi paisible que dans les murs de Felsen-Heim.
[CHAPITRE XXIII]
[Visite au sanglier.—Le coton de Nankin.—Le lion.—Mort de Bill.—Un nouvel hiver.]
Le lendemain de grand matin, nous étions en route pour aller visiter le corps de notre sanglier et tenir conseil sur l'emploi qu'on en pouvait faire. Le pauvre Jack, encore fatigué de son aventure de la veille, ne donnait pas signe de vie.
À l'entrée de la forêt, les chiens accoururent au-devant de nous avec des hurlements de joie. Nous arrivâmes bientôt sur le champ de bataille, où la grosseur de l'animal et son aspect féroce excitèrent ma surprise au plus haut degré. Je suis persuadé qu'il eût été en état de résister à un buffle, ou même à un lion de la plus haute taille.
ERNEST. «Il ne faut pas oublier la tête, qui deviendrait un des plus beaux ornements de notre muséum. Si mon père nous le permet, nous allons transporter l'animal sur le rivage, où nous pourrons faire l'opération à loisir.