MOI. De tout mon cœur: je vous laisse le champ libre à cet égard. Mais occupons-nous d'abord d'examiner s'il ne serait pas possible de découvrir encore quelques truffes. Un pareil présent nous assurerait bon accueil au logis.»
Nos recherches furent longtemps infructueuses; mais enfin l'œil perçant de Fritz découvrit dans le voisinage une nouvelle mine de ces précieux tubercules, dont nous ne manquâmes pas de faire une ample provision.
Pendant ce temps l'infatigable Fritz venait d'abattre une douzaine de branches à coups de hache, en s'écriant: «Voilà des moyens de transport tout trouvés, il ne s'agit plus que d'y placer notre gibier.» Nos chiens furent bientôt attelés à ce chariot de nouvelle espèce, qui prit en triomphe le chemin du rivage, chargé des dépouilles sanglantes de l'habitant des forêts. Fritz dirigeait d'une main habile la marche du convoi, qui ne tarda pas à atteindre le camp sans mésaventure. Nos chiens, aussitôt délivrés, reprirent à la hâte le chemin de la forêt pour aller se régaler de la portion du sanglier qui était demeurée sur la place.
En détachant les diverses parties du chariot, destinées désormais à alimenter le foyer, nous remarquâmes sur les branches une quantité de noix ligneuses remplies d'un coton fin et soyeux, d'une couleur jaunâtre analogue à celle du nankin. Notre nouvelle découverte fut mise de côté, avec le plus grand soin, pour notre ménagère, et je me promis bien de saisir la première occasion pour faire une nouvelle provision de ces fruits précieux et me procurer quelques rejetons de l'arbre qui les portait.
Pendant ce temps Fritz et Ernest étaient occupés à creuser dans le sable une fosse assez profonde, voulant, disaient-ils, faire une agréable surprise à leur frère Jack, en préparant pour son réveil un excellent rôti à la hottentote. Une flamme brillante ne tarda pas à sortir du four improvisé, et nous y suspendîmes les quatre membres du sanglier, afin de les dépouiller de leurs soies. Le parfum peu agréable qui s'exhalait de notre venaison ne tarda pas à nous contraindre d'abandonner la place, si nous ne voulions pas perdre la respiration; et l'odeur était si forte, qu'elle alla frapper l'odorat du pauvre Jack, qui ne tarda pas à se lever sur son séant, pour demander d'une voix plaintive quelle était cette nouvelle opération.
«Sois tranquille, lui répondit gravement son frère aîné, il ne s'agit que de friser un peu la crinière de ton champion d'hier soir, afin qu'il puisse se présenter décemment devant ses vainqueurs. Et, avant de te plaindre ainsi, rappelle-toi la réponse d'un prince devant le corps de son ennemi: Le cadavre d'un ennemi mort sent toujours bon.»
Cependant Jack était accouru au secours de ses frères, et tandis qu'ils préparaient la hure du sanglier en cuisiniers expérimentés, je m'occupais de nettoyer les quatre membres, travail fort peu divertissant.
Bientôt le four fut préparé, et il ne tarda pas à recevoir le rôti, soigneusement enveloppé de feuilles odorantes. En attendant l'heure du souper, nous nous occupâmes des préparatifs nécessaires pour fumer le reste de la venaison, et le coucher du soleil vint nous surprendre avant la fin de cet important travail.
Au moment où la nuit commençait à nous envelopper de ses ombres, un formidable hurlement, sorti des profondeurs de la forêt voisine et répété au loin par les échos du rivage, vint frapper tout à coup nos oreilles étonnées. Ces sons terribles semblaient tantôt s'éloigner, tantôt se rapprocher de la place que nous occupions.
«Voilà un concert diabolique,» s'écria Fritz en sautant sur son fusil de chasse et en jetant autour de lui des regards flamboyants. «Allumez le feu, retirez-vous dans la chaloupe, et que chacun tienne ses armes prêtes! Quant à moi, je vais aller faire une reconnaissance avec mon caïak.»