Craignant de trouver quelque animal féroce, j'armai mon fusil et partis aussitôt dans la même direction; mais je ne pus les atteindre, et ils arrivèrent bien longtemps avant moi auprès des chiens. J'entendis alors Jack me crier: «Accourez, mon père, accourez! il y a là un porc-épic monstrueux.»
Quand j'arrivai, je vis, en effet, un porc-épic, mais de taille ordinaire, assailli par nos chiens, et qui, toutes les fois que ses ennemis approchaient, se hérissait soudain d'une forêt de dards, dont quelques-uns même s'étaient fichés dans leur museau. Cependant Jack, qui avait armé un des pistolets qu'il portait à sa ceinture, le tira à bout portant dans la tête de l'animal, qui tomba mort.
«Quelle imprudence! s'écria Fritz; tu pouvais blesser mon père, moi ou un de nos chiens.
—Ah! bien oui, blesser! Vous étiez derrière moi, et les chiens à côté: crois-tu que je sois aveugle?
—Mon pauvre Fritz, interrompis-je, tu es un peu trop brusque; souviens-toi du proverbe: Moi aujourd'hui, demain toi. Puisqu'il n'est rien résulté de l'imprudence de Jack, ne troublons pas sa joie.»
Jack, ayant donné deux ou trois coups de crosse à l'animal, pour être bien sur qu'il était mort, se disposa à l'emporter; mais il se mit les mains en sang, et ne put y parvenir. Alors il prit son mouchoir, l'attacha au cou de l'animal et le traîna jusque auprès de sa mère, qui était fort inquiète de notre absence prolongée et du coup de feu qu'elle avait entendu.
«Vois, maman, cria-t-il, un magnifique porc-épic que j'ai tué moi-même; papa assure que c'est excellent à manger.»
Ernest cependant examinait froidement l'animal, et faisait observer qu'il avait les pieds et les oreilles presque comme un homme. J'arrivai à mon tour.
«N'as-tu pas craint, en approchant de lui, dis-je à Jack, qu'il ne te passât ses dards au travers du corps?
—Pas du tout, je sais qu'ils sont solidement attachés à sa peau, et qu'il ne les lance contre personne.