Ceux-ci ne se firent pas attendre, et ma femme, ôtant du feu une marmite de terre, l'apporta près de nous. Le couvercle fut enlevé avec curiosité, et nous vîmes le flamant tué par Fritz, et que ma bonne femme avait fait bouillir, parce qu'elle craignait que l'âge ne l'eût rendu trop dur. La précaution fût trouvée inutile, et la bête dévorée avec appétit. Pendant ce temps, l'autre flamant était venu se mêler aux volatiles qui nous entouraient, et se promenait majestueusement autour de nous en ramassant les miettes de pain qu'on lui jetait. Le petit singe sautait d'une épaule à l'autre, pour tâcher d'attraper quelque bon morceau, et nous faisait les plus comiques grimaces; pour compléter le tableau, notre truie, que nous n'avions pas vue de tout le jour, vint nous rejoindre en témoignant sa joie par des grognements significatifs.

Ma femme avait trait la vache, et chacun de nous avait eu une bonne jatte de lait; mais je la vis abandonner au cochon tout ce qu'il en restait. Je lui reprochai une telle prodigalité; elle me répondit que le lait ne pouvait se conserver par une pareille chaleur, et qu'il valait mieux le donner à la truie que de le perdre.

En sortant de table, j'avais allumé un feu dont la lueur devait protéger notre bétail pendant la nuit. Aussitôt qu'il fut bien brillant, je donnai le signal du repos. Mes trois fils aînés eurent bientôt gravi l'échelle; ma femme vint après eux, le cœur tremblant, mais sans trop oser montrer sa crainte; elle monta lentement, et arriva enfin sans encombre. J'avais tenu l'échelle pendant ce temps; je montai le dernier, portant le petit Franz sur mes épaules, puis, à la grande joie de mes enfants, je retirai l'échelle après moi. Quoique nous trouvant bien en sûreté, je n'en fis pas moins charger les armes à feu, pour qu'elles fussent sous notre main prêtes à foudroyer tout ennemi qui voudrait attaquer les bêtes que nous avions laissées endormies sous la garde de nos dogues.

Peu de temps après, le sommeil avait fermé nos paupières, et la première nuit que nous passâmes sur l'arbre fut d'une tranquillité profonde. Je remarquai au réveil que nos enfants ne se firent nullement prier pour sortir du lit, et qu'ils se vantèrent d'avoir parfaitement dormi; les hamacs, si incommodes la nuit précédente, n'avaient excité celle-ci aucun murmure.

«Que faire aujourd'hui? me demandèrent-ils.

—Rien, mes enfants, car c'est dimanche.

—Un dimanche! un dimanche! s'écria Jack; ah! je vais lancer des flèches et m'amuser toute la journée.

—Non pas, mon enfant; le jour du Seigneur n'est pas le jour de l'oisiveté, mais celui de la prière. Mes amis, nous célébrerons ce jour aussi religieusement que nous le pourrons dans cette solitude. Nous chanterons les hymnes du Seigneur, et je vous raconterai une parabole qui réveillera en vous des sentiments pieux et sincères.

—Une parabole! une parabole comme celle du semeur de l'Évangile: oh! racontez, racontez, s'écrièrent tous mes enfants.

—Chaque chose à son tour, répondis-je; soignons d'abord nos bêtes, déjeunons, puis je vous raconterai ma parabole.»