Le reste du jour fut employé à charger nos divers ustensiles et ce que nous devions rapporter de notre excursion. Le sagou, les noix de coco, le buffle salé, que j'avais eu soin de fumer dès notre retour, ne furent pas oubliés. Le lendemain, la caravane reprit la route de Falken-Horst: le buffle, attelé à côté de la vache, commençait son apprentissage domestique; nous n'eûmes qu'à nous louer de sa douceur; et d'ailleurs je marchais devant lui, tenant à la main la corde passée dans ses naseaux, prêt à le rappeler à l'obéissance s'il tentait de s'y soustraire.

Nous suivîmes le même chemin qu'en allant, et nous atteignîmes bientôt nos arbres à caoutchouc.

Les vases que j'avais disposés pour recevoir le liquide n'étaient pas aussi pleins que je l'avais espéré; le soleil avait fermé trop tôt les ouvertures pratiquées à l'écorce des arbres; néanmoins la provision suffisait pour nous permettre de tenter quelques essais. En traversant le petit bois de goyaviers, nous fûmes subitement effrayés par les hurlements de nos chiens, que nous vîmes se jeter dans un fourré et en sortir aussitôt. Je craignis un moment que ce ne fût une bête sauvage qui causait leur inquiétude, et j'allais lâcher mon coup de fusil dans le buisson, quand Jack, qui s'était approché, et qui avait eu soin de se jeter à terre pour découvrir la cause de cette peur subite, se leva en éclatant de rire.

«C'est la truie, nous cria-t-il, qui se moque encore une fois de nous.»

Un grand éclat de rire accueillit cette découverte; un grognement sourd sorti du buisson y répondit, et confirma ces paroles. Nous pénétrâmes dans le fourré pour tâcher de découvrir ce que faisait là cet animal que nous maudissions de bon cœur; la position dans laquelle elle se trouvait nous réconcilia soudain avec elle. Elle venait de mettre bas, et elle était occupée à allaiter sept ou huit petits cochons. Mes enfants, qui voyaient déjà toute la famille à la broche, ne purent s'empêcher de témoigner leur joie à ce spectacle.

Leur mère leur reprocha leur inhumanité, de condamner ainsi ces pauvres animaux qui étaient à peine nés; et il fut résolu que deux seraient pris pour être élevés avec la mère, et que les autres seraient abandonnés dans les bois, où il leur serait loisible de se multiplier, et qu'enfin la mère, après le temps d'allaitement, serait tuée, et nous fournirait ainsi une bonne provision de lard salé.

Nous arrivâmes enfin à Falken-Horst, que nous retrouvâmes avec bien du plaisir. Tout était en bon ordre: les hôtes de la basse-cour vinrent à nous en caquetant de la manière la plus bruyante. Nous les accueillîmes en leur jetant de nouvelles provisions. Le buffle et le chacal furent attachés jusqu'à ce que l'habitude les eût rendus sociables; l'aigle de Fritz le fut également, et on le plaça près du perroquet; mais mon fils eut l'imprudence, en lui passant une ficelle à la patte, de lui découvrir les yeux, qu'il avait eus bandés jusqu'alors. La lumière produisit sur l'oiseau vorace un effet dont nous fûmes presque effrayés. Nous le vîmes s'emporter soudain, lancer à droite et a gauche des coups de griffe et de bec, si bien que le pauvre perroquet, qui se trouvait malheureusement à sa portée, fut déchiré avant même que nous eussions pu le secourir. Fritz entra en colère, et voulut tuer l'oiseau.

Ernest accourut aussitôt et l'arrêta. «Cède-moi cet animal, lui dit-il, je me fais fort de le rendre souple comme un petit chien.

—Te le céder? Non vraiment; c'est moi qui l'ai pris, c'est à moi qu'il appartient. Apprends-moi ton secret.»

Ernest secoua la tête négativement. Mon intervention devint alors nécessaire. «Pourquoi, dis-je à Fritz, veux-tu que ton frère te donne son secret sans retour, qu'il tienne moins aux fruits de ses lectures et de ses méditations que tu ne tiens toi-même au produit de ton adresse?»