Je terminai enfin le débat en proposant à Fritz de donner son singe en échange du secret d'Ernest. Cet arrangement, qui fut agréé, mit fin à la contestation.

«Mon aigle, dit Fritz, est un vaillant animal; je le préfère à un singe, dont tout le mérite gît dans ses grimaces.

—Soit, dit Ernest, je tiens peu à être un héros, j'aime mieux devenir un savant. Je serai l'historiographe et le poète des hauts faits que tu accompliras avec ton aigle.

—Tu verras; mais en attendant dis-nous ton secret. Que faut-il faire pour le calmer?

—J'ai lu, je ne sais où, que les Caraïbes, en pareil cas, fument sous le nez de l'oiseau rebelle. La fumée de tabac a sur eux la même influence que sur les abeilles, qu'elle endort.»

Fritz se crut dupé, et il voulait reprendre son singe, attendu que le prétendu secret d'Ernest lui paraissait beaucoup trop simple.

«Qu'importe, lui dis-je alors, la simplicité du moyen, s'il réussit?»

J'appuyai de toute mon autorité les paroles d'Ernest, et je priai Fritz d'en faire sur-le-champ l'épreuve, afin d'arrêter les cris et les battements d'ailes du bel oiseau, qui avait mis le désordre parmi nos volailles. Dès les premières bouffées, l'oiseau se calma; Fritz s'approcha, et lui enveloppa la tête d'un nuage épais de fumée. Peu à peu l'animal perdit ses forces, et nous le vîmes bientôt, complètement ivre, jeter sur nous des regards fixes; puis il devint tout à coup immobile.

«Ah! mon aigle est mort! s'écria Fritz; c'est une cruelle méchanceté.»

Je le rassurai en lui faisant observer que, s'il était mort, il ne pourrait pas se tenir sur ses jambes comme il le faisait, et j'ajoutai qu'il n'était qu'endormi, comme le sont les abeilles qu'on enfume pour enlever leur miel.