—La mort! s'écria Jack. Croyez-vous qu'il y ait dans ce trou des lions et des serpents? Laissez-moi approcher leur dire deux mots.
—J'aime à te voir ce courage, mon petit ingénieur; il n'y a là ni lions ni serpents, mais le danger n'existe pas moins. Et que ferais-tu si en entrant tu ne pouvais plus respirer?
—Ne plus respirer? et pourquoi?
—Parce que l'air y est méphitique ou corrompu, et qu'il vous prend alors un vertige ou un tournoiement de tête tel, qu'on a peine à marcher. Ce malaise est suivi d'une oppression qu'on ne peut vaincre, et l'on meurt subitement si l'on n'a pas un prompt secours.
—Et que faire alors, dit Fritz, pour purifier cet air?
—Allumer un grand feu dans l'intérieur de cette grotte. Il s'éteindra d'abord; mais il finira par triompher, et alors nous pourrons entrer sans danger.»
Sans tarder, ils allèrent tous deux ramasser de l'herbe sèche; ils en firent des paquets, battirent le briquet, et les allumèrent, puis les jetèrent tout embrasés dans le trou; mais, ainsi que je le leur avais annoncé, ils s'éteignirent, et nous donnèrent la preuve que l'air était corrompu au plus haut degré; le feu ne put pas même brûler à l'entrée; je vis qu'il fallait purifier l'air d'une manière plus efficace. Je me souvins a propos que dans le temps nous avions apporté du vaisseau une caisse qui avait appartenu à l'artificier, que nous l'avions serrée dans la tente, et qu'elle devait être pleine de grenades et de roquettes d'artifice, embarquées pour faire des signaux. J'allai y chercher quelques pièces et un mortier de fer pour les jeter au fond de la caverne. Je revins bien vite, et y mis le feu. Je lançai des grenades qui, posant d'abord sur le sol, finissaient par aller se briser sur le haut de la caverne, d'où elles volaient elles-mêmes en éclats, et en détachaient des morceaux énormes. Un torrent d'air méphitique sortait par l'ouverture. Nous lançâmes alors des roquettes, qui semblaient traverser la grotte comme des dragons de feu, en découvrant son immense étendue. Nous crûmes aussi apercevoir une quantité de corps éblouissants qui brillèrent soudainement comme par un coup de baguette, et dont l'éclat disparut avec la rapidité de l'éclair, en ne laissant qu'une obscurité profonde. Une fusée entre autres, chargée d'étoiles, nous donna un spectacle dont nous eussions bien voulu prolonger la durée. Quand elle creva, il nous sembla qu'il en sortait une foule de petits génies ailés ayant chacun une petite lampe allumée, et qui dansaient de tous côtés avec des mouvements variés. Tout étincelait dans la caverne, qui nous offrit pendant une minute une scène vraiment magique; mais ces génies s'inclinèrent l'un après l'autre, et tombèrent sans bruit.
Après ce feu d'artifice, nous vîmes une botte d'herbe allumée se consumer paisiblement, et nous dûmes espérer que, du moins par rapport à l'air, nous n'avions plus rien à craindre; mais il était à appréhender que, dans l'obscurité, nous ne tombassions dans quelque flaque d'eau ou dans quelque abîme. Aussi j'envoyai Jack, monté sur le buffle, à Falken-Horst, pour communiquer notre découverte à sa mère et à ses deux frères, les ramener avec lui, et rapporter tout ce qu'ils pourraient de bougies, avec lesquelles nous irions examiner l'intérieur de la grotte.
Réjoui de cette commission, Jack, que j'avais choisi exprès parce que j'avais pensé que les peintures dont son imagination colorerait le récit de ce qu'il avait vu séduiraient ma femme et hâteraient son arrivée, Jack s'élança sur le buffle, fit claquer une sorte de fouet de roseau, et partit avec une telle rapidité, qu'il me fit dresser les cheveux sur la tête.
Je m'occupai avec Fritz, à agrandir l'entrée de la grotte et à la déblayer, afin que sa mère et ses frères pussent y entrer facilement. Après deux à trois heures de travail, nous la vîmes arriver sur le chariot, attelé de l'âne et de la vache, et conduit par Ernest. Jack, grimpé sur son buffle, caracolait devant eux, soufflait dans son poing fermé comme dans une trompette, et fouettait de temps en temps l'âne et la vache pour les faire marcher plus vite. En arrivant près de moi, il sauta à bas de son buffle, et courut aider sa mère à descendre.