Nous arrivâmes au rivage presque au même instant que les harengs, et, au lieu de perdre notre temps à les admirer, nous nous hâtâmes de sauter dans l'eau pour prendre les poissons avec nos mains à défaut de filets; mais, comme nous ne savions où mettre tous ceux que nous prenions, je m'avisai de faire tirer à terre le bateau de cuves, qui n'était plus bon à rien. J'allai chercher du sel dans la grotte, et je dressai une tente de toile sur le rivage pour pouvoir nous occuper de saler ces poissons, malgré la chaleur. Fritz resta alors dans l'eau pour saisir les harengs et nous les jeter à mesure. Ernest et sa mère les nettoyaient avec un couteau. Jack broyait le sel. Franz aidait tout le monde. Moi je rangeai les harengs dans les tonnes: je mis une couche de sel au fond, puis une couche de harengs ayant tous la tête tournée vers le centre; puis un nouveau lit de sel, puis un de poissons, la tête vers le bord, et toujours de même jusqu'à ce que mes cuves fussent remplies. Je mis sur la dernière couche de sel de grandes feuilles de palmier, enfin un morceau de toile sur lequel j'enfonçai deux planches que je chargeai de pierres, et les cuves pleines furent portées dans la grotte. Au bout de quelques jours, lorsque la masse fut affaissée, je les fermai encore mieux par le moyen d'une couche de terre glaise pétrie avec des étoupes.

En travaillant du matin jusqu'au soir, nous ne pouvions préparer que deux tonnes, et nous voulûmes que les huit fussent pleines. Aussi ce travail nous occupa-t-il plusieurs jours. Peu de temps après, il vint une bande de chiens marins, dont nous tuâmes un assez grand nombre. Leur chair fut abandonnée aux chiens, à l'aigle, au chacal, et nous gardâmes les peaux et la graisse, que nous réservions pour la tannerie et la lampe. Nous conservâmes aussi les vessies de ces poissons, qui étaient fort grosses.

Dans ce même temps je fis une amélioration à notre claie pour transporter plus facilement nos provisions à Falken-Horst. Je la posai sur deux poutres au bout desquelles j'attachai des roues enlevées aux canons du vaisseau. J'obtins ainsi une voiture légère, commode et peu élevée.


[CHAPITRE XXVI]

[Le plâtre.—Les saumons.—Les esturgeons.—Le caviar.—Le coton.]

Nous continuions à faire de l'arrangement de la grotte notre travail habituel; et, quoique nos progrès fussent assez lents, j'espérais cependant que nous y serions établis avant la saison pluvieuse.

J'avais cru découvrir dans la grotte du spath gypseux, et je me proposai d'en recueillir le plus possible; mais, comme la grotte me paraissait assez grande, je cherchai seulement un endroit que je pusse faire sauter. J'y réussis, et je fis porter à notre cuisine les morceaux; je les faisais rougir, et, lorsqu'ils étaient calcinés et refroidis, on les réduisait en poudre avec la plus grande facilité: j'en remplis plusieurs tonnes; j'avais trouvé le plâtre.

Le premier emploi de mon plâtre fut de l'appliquer en couche sur quatre de nos tonnes de harengs, afin de les rendre plus impénétrables à l'air. Je destinais les poissons des quatre autres à être fumés et séchés. À cet effet nous disposâmes dans un coin écarté une hutte à la manière des pêcheurs hollandais et américains, composée de roseaux et de branches, au milieu desquelles nous plaçâmes à une certaine hauteur une espèce de gril sur lequel les harengs furent déposés; nous allumâmes en dessous de la mousse et des rameaux frais qui donnèrent une forte fumée; et nous obtînmes des harengs d'un jaune d'or brillant et fort appétissants. Nous les serrâmes dans des sacs pendus le long des parois.

Environ un mois après cette pêche, nous eûmes une autre visite qui ne fut pas moins profitable. La baie du Salut et les rivages voisins se trouvèrent pleins d'une grande quantité de gros poissons qui s'efforçaient de pénétrer dans l'intérieur du ruisseau pour y déposer leurs œufs.