Chargés de ce nouvel animal, nous montâmes sur une petite colline afin de nous orienter, et de bien diriger notre marche vers la métairie. Nous aperçûmes très-bien de là le chemin que nous avions suivi en venant, et nous découvrîmes dans le lointain le bois des Singes et celui des Calebassiers. Mais, comme je m'aperçus que notre absence s'était prolongée, et que je ne voulais pas donner à ma femme trop d'inquiétude, nous nous remîmes en marche rapidement, et nous fûmes bientôt auprès de notre bonne ménagère.

Il y avait à peine un quart d'heure que nous étions arrivés, quand je vis revenir de Falken-Horst, au grand trot de leurs montures, mes fils Jack et Fritz. Nous les reçûmes avec joie. Ils racontèrent tout ce qu'ils avaient fait, et j'appris avec plaisir que, non contents d'exécuter ponctuellement mes ordres, ils avaient pris sur eux d'accomplir beaucoup d'autres choses nécessaires.

Il était temps de songer à notre pauvre volaille; car ces intéressants animaux avaient déjà mangé tout ce que nous leur avions laissé à notre départ. L'outarde était guérie de ses blessures, et Fritz avait eu soin de la panser. Il avait en outre laissé une quantité suffisante de fourrage et de provisions à tous nos animaux, pour que nous pussions être encore huit à dix jours absents.

Nous nous empressâmes alors de leur montrer ce que nous avions fait pendant leur absence. Ma femme et Franz avaient ramassé de la mousse pour nos lits; pour nous, nous étalâmes ensuite nos fraises, notre riz, nos petits oiseaux, et enfin notre bête merveilleuse, qui fit ouvrir de grands yeux à tous mes enfants. J'ai appris plus tard que cet animal était l'ornithorynque, animal découvert pour la première fois dans un lac de la Nouvelle-Hollande.

Après avoir fait un bon souper avec les provisions que mes fils avaient apportées, nous allâmes nous coucher dans notre cabane, accompagnés de tout notre bétail. Le lendemain matin, nous quittâmes la métairie, à laquelle nous donnâmes le nom de Waldeck (abri de la forêt), laissant à nos colons toutes les choses nécessaires à leur subsistance. Mais nous eûmes toutes les peines du monde à nous séparer de ces bonnes bêtes, qui voulaient à toute force nous suivre. Fritz fut obligé de rester avec l'onagre jusqu'à ce que nous fussions hors de vue; alors, partant au galop, il nous eut bientôt rejoints.


[CHAPITRE XXVIII]

[La pirogue.—Travaux à la grotte.]

Notre route nous conduisait directement à un bois semblable à ceux de la Suisse, notre patrie. À peine y étions-nous entrés, que nous fûmes environnés de singes, qui nous accablèrent de pommes de pin; mais deux ou trois coups de fusil à mitraille nous délivrèrent de leurs attaques. Fritz ramassa un de ces fruits qu'ils nous avaient lancés, et je reconnus l'espèce de pomme de pin dont l'amande, bonne à manger, donne une huile excellente. Pour en retirer l'amande, Fritz frappait avec une grosse pierre et en écrasait la plus grande partie. Je l'engageai à en faire une bonne provision, lui promettant de lui indiquer un moyen plus expéditif, sitôt que nous pourrions nous arrêter en quelque endroit. La provision faite, nous nous remîmes en marche; ayant aperçu une petite hauteur à quelque distance de la mer, nous résolûmes de franchir cette colline, qui s'élevait à droite du cap.

Parvenus au sommet, nous fûmes récompensés par une vue magnifique de la fatigue que nous venions d'éprouver. Déjà je concevais l'idée d'établir une seconde métairie sur le bord d'un ruisseau serpentant à travers un vert gazon, et formant, à peu de distance, deux ou trois petites cascades. Je m'écriai avec admiration: «Ô mes enfants! c'est ici l'Arcadie: ne quittons pas ce lieu enchanteur sans y laisser une nouvelle demeure.