MAXIMES ET RÉFLEXIONS

DE
GOËTHE.

Les sciences naturelles ont des problèmes qu'on ne saurait résoudre sans appeler la métaphysique a son secours, non cette métaphysique d'école qui n'est qu'un bavardage vide de sens; mais la science réelle qui était, qui est et qui sera, avant, avec et après la physique.

L'autorité qui s'appuie sur des choses qui ont déjà été faites ou dites à, sans doute, un très-grand prix; mais les sots seuls demandent toujours et partout une semblable autorité.

Il est bon de respecter les anciennes fondations, mais il ne faut pas pour cela renoncer au droit de fonder quelque chose à son tour.

Maintiens-toi là où tu es! Cette maxime devient chaque jour plus nécessaire; car si d'un côté les hommes forment d'immenses associations, de l'autre chaque individu cherche à se faire valoir selon ses vues et ses facultés individuelles.

Il vaut toujours mieux exprimer tout simplement son opinion que de l'appuyer sur des preuves, car les preuves ne sont que les variations de l'opinion, et nos adversaires n'écoutent volontiers ni le thème ni les variations.

Je me familiarise chaque jour davantage avec l'histoire naturelle et avec sa marche progressive, ce qui me suggère une foule de réflexions sur les pas que nous faisons à la fois en avant et en arrière. Je n'exprimerai qu'une seule de ces réflexions: La science ne saurait vous débarrasser des erreurs mêmes reconnues comme telles. La cause de cette singularité est un secret à la portée et connu de tout le monde.

J'appelle erreur la fausse interprétation d'un événement, les faux enchaînements auxquels il a donné lieu, et la fausse conséquence qu'on en tire. Il arrive pourtant parfois, dans la marche de l'expérience et de la pensée humaine, qu'un événement ait été conséquemment noué et déduit d'un autre événement. Le monde tolère ce redressement d'une erreur sans y attacher une grande importance; aussi l'erreur reste-t-elle intacte à côté de la vérité. Je connais un petit magasin de ces sortes d'erreurs que l'on garde très-soigneusement.