Les microscopes et les lunettes d'approche ne servent qu'à égarer le bon sens.

Je garde le silence sur beaucoup de choses, car je ne veux causer ni trouble ni désordre. Je vois même sans déplaisir les hommes se réjouir des choses qui me scandalisent et me chagrinent.

Tout ce qui affranchit l'esprit sans lui donner un pouvoir absolu sur nous-mêmes est nuisible.

Quand les hommes examinent et jugent une production de l'art, ils cherchent plus tôt à savoir ce qu'elle est, que pourquoi et comment elle est. Guidé par ce sentiment, on s'attache aux détails, on fait des extraits. Il est vrai que par ce procédé on finit toujours par saisir l'ensemble, mais c'est toujours sans le savoir.

L'art, et surtout celui de la poésie, a seul le pouvoir de soumettre l'imagination aux règles qui lui sont indispensables, car l'imagination sans goût est une monstruosité.

Le maniéré est la subjectivité de l'idée; voilà pourquoi il a toujours quelque chose de spirituel.

La tâche du philologue consiste à approfondir le contenu des traditions écrites. Il examine un manuscrit et il y voit des lacunes, des erreurs ou des omissions de copiste, et d'autres fautes semblables qui nuisent à la clarté du texte. On découvre une seconde, une troisième copie du même manuscrit; il les compare entre elles et arrive ainsi à savoir ce qu'il y a de croyable, de sensé dans la tradition. Il va plus loin, il demande à sa propre raison de saisir et de rendre, sans le secours des moyens extérieurs, et avec une perfection toujours croissante, les convenances et les rapports qu'ont entre elles les matières qu'il traite; les vérités, les erreurs et les mensonges qu'elles contiennent. Pour arriver à ce résultat, il a besoin de beaucoup de tact, d'une étude approfondie des auteurs morts, et même d'un certain degré d'imagination. Il n'est donc pas étonnant que le philologue arrive à se croire juge compétent dans le domaine du goût; malheureusement il y réussit rarement.

Le poète doit tout mettre en action, en représentation, et il n'est au niveau de sa tâche que lorsque ses représentations rivalisent avec la réalité, et séduisent l'esprit au point que tout le monde croit voir et entendre ce qu'il décrit ou représente. Quand la poésie a atteint ce haut degré de perfection, elle paraît n'appartenir qu'au monde extérieur; et cela est si vrai, que, lorsqu'elle se refoule dans le monde intérieur, elle est en décadence. La poésie qui ne représente que des sensations intérieures sans les corporifier par des objets extérieurs, ou celle qui ne représente que des objets extérieurs, sans les animer par des sensations intérieures, sont toutes deux arrivées au plus bas degré de l'échelle poétique, d'où il ne leur reste plus qu'à entrer dans la vie vulgaire.

L'éloquence jouit de toutes les faveurs, de tous les privilèges de la poésie, elle s'en empare; elle en abuse même pour s'assurer dans la vie sociale un avantage momentané, moral où immoral, juste ou injuste.

La littérature n'est qu'un fragment des fragments de l'esprit humain. On n'a écrit que la plus petite partie de ce qui a été fait et dit, et l'on n'a conservé que la plus petite partie de ce qui a été écrit.