L'homme le plus heureux est celui qui peut mettre la fin de sa vie en rapport avec le commencement.

L'homme est tellement entêté et contrariant, qu'il ne veut pas qu'on le contraigne à être heureux, tandis qu'il cède au pouvoir qui le force à être malheureux.

Tant qu'on ne regarde que devant soi, on n'a qu'un seul point de vue; mais dès qu'on jette ses regards en arrière, on en a plusieurs.

Toute position qui nous cause chaque jour quelque chagrin nouveau, est fausse.

Lorsqu'on commet une imprudence, on se flatte toujours de la possibilité de s'en tirer par des détours.

Une vérité insuffisante se maintient pendant quelque temps; une brillante erreur la remplace, et le monde s'en contente et l'accepte. C'est ainsi qu'on s'aveugle et qu'on s'étourdit pendant une longue suite de siècles.

Il est fort utile dans les sciences de rechercher les vérités insuffisantes connues des anciens, pour les utiliser et les compléter.

Les opinions avancées ressemblent aux figures de l'échiquier par lesquelles on commence l'attaque; elles peuvent être forcées à la retraite, mais elles ont engagé la partie.

La vérité et l'erreur découlent de la même source; cette conformité, aussi singulière que certaine, nous fait un devoir de ménager plus d'une erreur, par respect pour la vérité qui périrait avec elle.

La vérité appartient aux hommes, et l'erreur au temps; voilà pourquoi on a dit d'un homme remarquable: «Le malheur des temps a causé son erreur, mais la force de son âme l'en a fait sortir avec gloire.»[1]