—Elle arrivera deux heures après le Comte, et ils partiront ensemble après avoir passé une journée et une nuit avec nous.

—Il faut nous préparer de suite à les recevoir; à peine en avons-nous le temps. Qu'en penses-tu, Ottilie? dit Charlotte.

La jeune fille demanda à sa tante quelques instructions générales sur ses intentions, et s'éloigna aussitôt pour les faire exécuter.

Le Capitaine profita de son absence pour demander à Charlotte et à son mari quels étaient ces deux personnages qu'il ne connaissait que de nom. Les époux lui apprirent que le Comte et la Baronne, quoique mariés chacun de leur côté, n'avaient pu se voir sans s'aimer passionnément. Cet amour, qui avait troublé deux ménages, avait causé tant de scandale, que le divorce était devenu nécessaire. La Baronne seule avait pu l'obtenir, et le Comte s'était vu forcé de rompre avec elle, en apparence du moins, car s'il ne pouvait plus la voir en ville et à la cour, il se dédommageait de cette privation aux eaux et pendant les voyages auxquels il consacrait la plus grande partie de sa vie.

Si Édouard et sa femme n'approuvaient pas entièrement cette conduite, ils ne se sentaient pas le courage de condamner des personnes avec lesquelles ils étaient liés depuis leur première jeunesse, aussi avaient-ils conservé avec elles des relations de bonne amitié. En ce moment cependant leur arrivée au château causa à Charlotte une vague inquiétude, dont sa nièce était l'objet involontaire; car elle craignait l'influence qu'un pareil exemple pourrait exercer sur l'esprit de cette enfant. Édouard aussi était peu satisfait de cette visite, mais pour des causes bien différentes.

—Ils auraient mieux fait de venir quelques jours plus tard, dit-il au moment où Ottilie rentrait dans la salle, nous aurions eu au moins le temps de terminer la vente de la métairie. Le projet du contrat est rédigé, j'en ai fait une copie, il nous en faudrait une seconde, et le vieux secrétaire est malade.

Charlotte et le Capitaine offrirent de faire cette copie, mais il refusa, parce qu'il ne voulait pas, dit-il, abuser de leur complaisance.

—Je me charge de ce travail, s'écria Ottilie.

—Toi? dit Charlotte, mais tu n'en finiras jamais.

—Il est vrai, ajouta le Baron, que cet acte est fort long, et qu'il me faudrait la copie après-demain matin.