—Et que ferons-nous sur la rive opposée? demanda Édouard, il me semble que c'est sous mes platanes chéris qu'il faut créer le lieu de débarquement qui doit répondre à celui-ci?
—Ce point, répondit le Capitaine, est un peu trop éloigné du château; au reste, nous avons encore le temps d'y songer.
Tout en prononçant ces mots, il entra dans le bateau, y fit monter Charlotte et saisit une rame. Déjà Édouard avait pris l'autre rame, lorsqu'il pensa tout à coup que cette promenade sur l'eau retarderait l'instant où il pourrait revoir Ottilie. Sa résolution fut bientôt prise: jetant au hasard un mot d'excuse que personne ne comprit, il sauta sur la rive et se rendit en hâte au château. Là on lui apprit qu'Ottilie s'était enfermée dans sa chambre.
La certitude qu'elle travaillait pour lui le flattait, mais le désir de l'entretenir avant le retour de sa femme et du Capitaine, l'emportait sur tout autre sentiment. Chaque instant de retard augmentait son impatience. Il commençait à faire nuit, on venait d'allumer les bougies, lorsque la jeune fille entra enfin au salon. La vive satisfaction qui brillait sur ses traits lui donnait un charme nouveau, l'idée d'avoir pu faire quelque chose agréable à son ami l'élevait au-dessus d'elle-même.
—Voulez-vous collationner cet acte avec moi? dit-elle, en posant l'original et la copie sur la table.
Surpris et embarrassé, le Baron feuilleta la copie en silence. Il remarqua d'abord une gracieuse et timide écriture de femme, mais peu à peu le trait devenait plus hardi et se rapprochait du sien; sur les dernières pages enfin, la ressemblance était si parfaite qu'il en fut presque effrayé.
—Au nom du Ciel! s'écria-t-il, qu'est-ce que cela? On dirait que ces pages ont été écrites par moi.
La jeune fille le regarda avec une expression ineffable de joie et de satisfaction intérieure.
—Tu m'aimes donc? murmura Édouard, oui, Ottilie, tu m'aimes!
Ils étaient dans les bras l'un de l'autre, sans savoir lequel des deux avait le premier ouvert ou tendu les siens.