Elle voulait d'abord faire rester cette fille, avec son ouvrage, dans la chambre voisine, et puis elle changea d'idée. Werther se promenait à grands pas. Elle se mit à son clavecin, et commença un menuet; mais ses doigts se refusaient. Elle se recueillit, et vint s'asseoir d'un air tranquille auprès de Werther, qui avait pris sa place accoutumée sur le canapé.

«N'avez-vous rien à lire?» dit-elle. Il n'avait rien. «Ici, dans mon tiroir, continua-t-elle, est votre traduction de quelques chants d'Ossian: je ne l'ai point encore lue, car j'espérais toujours vous l'entendre lire vous-même, mais cela n'a jamais pu s'arranger.» Il sourit, et alla chercher son cahier. En frisson le saisit en y portant la main, et ses yeux se remplirent de larmes quand il l'ouvrit; il se rassit, et lut:

«Étoile de la nuit naissante, te voilà qui étincelles à l'occident, tu lèves ta brillante tête sur la nuée, tu l'avances majestueusement le long de la colline. Que regardes-tu sur la bruyère? Les vents orageux se sont apaisés; le murmure du torrent lointain se fait entendre; les vagues viennent expirer au pied du rocher, et les insectes du soir bourdonnent dans les airs. Que regardes-tu, belle lumière? Mais tu souris et tu t'en vas joyeusement. Les ondes t'entourent, et baignent ton aimable chevelure. Adieu, tranquille rayon. Et toi, parais, toi, superbe; lumière de l'âme d'Ossian.

«Et elle parait dans tout son éclat. Je vois mes amis morts. Ils s'assemblent à Lora, comme aux jours qui sont passés. Fingal vient, comme une humide colonne de brouillard. Autour de lui sont ses héros; voila les bardes! Ullin aux cheveux gris, majestueux Ryno, Alpin, chantre aimable, et loi, plaintive Minona! comme vous êtes changés, mes amis, depuis les jours de fête de Selma, alors que nous nous disputions l'honneur du chant, comme les zéphyrs du printemps font, l'un après l'autre, plier les hautes herbes sur la colline!

«Alors Minona s'avançait dans sa beauté, le regard baissé, les yeux pleins de larmes; sa chevelure flottait, en résistant au vent vagabond qui soufflait du haut de la colline. L'âme des guerriers devint sombre quand sa douce voix s'éleva; car ils avaient vu souvent la tombe de Salgar, ils avaient souvent vu la sombre demeure de la blanche Colma. Colma était abandonnée sur la colline, seule avec sa voix mélodieuse; Salgar avait promis de venir, mais la nuit se répandait autour d'elle. Écoutez de Colma la voix, lorsqu'elle était seule sur la colline.

[12]C'est l'usage en Allemagne d'enfermer, la veille de Noël, un arbre chargé de petits cierges et de bonbons, dans une fausse armoire qu'on ouvre a l'instant où l'on s'y attend le moins, pour donner aux enfants le plaisir de la surprise.


COLMA.

«Il fait nuit. Je suis seule, égarée sur l'orageuse colline. Le vent souille dans les montagnes. Le torrent roule avec fracas des rochers. Aucune cabane ne me défend de la pluie, ne me défend sur l'orageuse colline.

«Ô lune! sors de tes nuages! paraissez, étoiles de la nuit! Que quelque rayon me conduise à l'endroit où mon amour repose des fatigues de la chasse; son arc détendu à côté de lui, ses chiens haletants autour de lui! Faut-il, faut-il que je sois assise ici seule sur le roc au-dessus du torrent! Le torrent est gonflé et l'ouragan mugit. Je n'entends pas la voix de mon amant.