Le printemps les rassemble et les change

Tous en fleurs.

J'y vois deux fautes: dans le second vers le mot tous est nécessairement accentué, et par conséquent, compte comme une syllabe longue, sinon ce vers est la plus insipide des chevilles. Dans le troisième vers, la première syllabe du mot printemps, quoique non accentuée, ne saurait compter pour une brève, car sa durée est bien le double de celle de l'article le.

Voici un distique plus correct:

Blanche, au milieu des étoiles charmantes qui brillent, la lune

Mène leur chœur à travers l'ombre muette des nuits.

Reste à savoir si, dans les deux vers, la césure n'offre pas matière à critique; dans la déclamation, cette césure disparaît absolument, parce qu'on ne saurait séparer des mots liés intimement par le sens des phrases.

La quantité des mots à travers n'est certes pas la même dans l'expression: à travers l'ombre que dans celle-ci: à tort et à travers. Sans doute, il y a en français des syllabes accentuées et d'autres qui ne le sont pas; mais admettons que l'accent prosodique tombe le plus souvent sur la dernière syllabe sonore des mots, cet accent peut être modifié par l'accent oratoire ou pathétique, lequel se règle sur l'importance des mots pour le sens d'une phrase. Indépendamment de l'accentuation, il y a des syllabes longues ou brèves, car il serait absurde, par exemple, de regarder comme brèves les trois premières syllabes du mot mortellement; la troisième seule est brève. Au surplus, dans un mot de plusieurs syllabes, la dernière n'est pas la seule accentuée; ainsi dans le mot mortellement, on accentuera la seconde syllabe et la dernière. C'est de ces faits très simples, et non pas d'une prosodie plus ou moins factice, que résulte le rythme, véritable des vers français.


En 1872, M. Thurot a lu, à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, un mémoire sur l'accent tonique de la langue française[ [16]. Il a constaté qu'on n'est pas d'accord sur ce point; il a affirmé que l'accent tonique existe, et comme exemples, il a cité les mots: arrive, département, nation. A son avis, dans le premier de ces mots, l'accent tombe sur ar, dans le second, sur par, et dans la troisième, sur na. Je ne puis prétendre résoudre la question; peut-être y a-t-il toujours un accent sur la dernière syllabe sonore des mots, mais d'après ce que je viens de dire, cet accent n'est pas le seul; ainsi dans le mot: département, l'accent tombe sur la seconde syllabe et sur la dernière. On peut admettre que dans: nation, l'accent est sur la dernière syllabe; mais la première est longue et bien marquée. Il en est à peu près de même pour le mot: arrive. Dans un passage bien connu de la Dame blanche de Boieldieu, on chante: J'arrive, j'arrive, en galant paladin, l'accent (le temps fort) tombe toujours sur la seconde syllabe du mot: arrive, sans que jamais on y ait vu une faute de prosodie. Lorsqu'on dit par exemple: Arrivez donc! on appuie sur la première syllabe et sur la dernière; c'est une conséquence de ce que, faute d'un mot meilleur, j'ai appelé plus haut accent oratoire. Le rythme musical, proprement dit, offre des faits analogues.