L'accumulation des consonnes peut servir à des effets durs ou énergiques; elle est plus fréquente en allemand qu'en français; elle n'existe que d'une façon très restreinte en italien, où elle ne produit pas de duretés, comme elle en donne trop souvent en allemand. L'effet des consonnes peut contribuer à l'harmonie des vers, comme le timbre des voyelles, sans être pour cela un effet musical.

Puis l'alternance des voyelles et des consonnes de qualités différentes peut former des modulations qui ont leur charme.

Pour montrer l'application de ces principes, je reprends les deux vers de Phèdre cités plus haut. J'y remarque que toutes les voyelles sont simples (ia ne forme pas diphtongue), et que le choix en est très heureux; le timbre sombre domine, surtout dans le second vers; il faut se garder, cependant, d'y voir, comme l'a fait il n'y a pas longtemps un poëte académicien, «des perspectives de plages désolées et de longues allées désertes».

Toutes les consonnes sont simples aussi, excepté dans un seul endroit, où trois consonnes se suivent; les deux dernières de ces consonnes sont très douces. Cet assemblage force l'acteur et l'auditeur d'arrêter leur attention sur la «blessure d'amour.»

Voyons le rythme. Je divise chaque vers en quatre pieds, de cette manière:

Aria- | ne ma sœur, | de quel amour | blessée
Vous mourû- | tes aux bords | où vous fû-tes | laissée!

Le premier hémistiche de chaque vers forme deux anapestes (vv—) bien marqués; le dernier pied de chaque vers est un spondée (— —), car les syllabes sont nécessairement longues, grâce à la terminaison féminine et à l'accent pathétique ou oratoire. Le mètre du troisième pied est dans l'un des vers: vvv— (quatrième péon) et dans l'autre: vv—v (troisième péon). Cette petite irrégularité donne un charme de plus, et les deux vers sont très-beaux sous le rapport du rythme comme à tous les autres égards.

On a voulu voir aussi une beauté dans les liaisons produisant dans le second vers: zaux et zoù. Le z est une consonne douce, et les liaisons doivent être peu accusées; mais y chercher une allitération, par rapport aux ss qui suivent, c'est attribuer à Racine une puérilité qu'il n'a ni commise ni voulu commettre.

Condillac fait remarquer avec raison que le vers:

Traçât à pas tardifs un pénible sillon,