est plus long que celui-ci:
Le moment où je parle est déjà loin de moi.
Après avoir donné quelques autres exemples, il dit: «La qualité des sons contribue à l'expression des sentiments. Les sons ouverts et soutenus sont propres à l'admiration; les sons aigus et rapides, à la gaieté; les syllabes muettes, à la crainte; les syllabes traînantes et peu sonores, à l'irrésolution. Les mots durs à prononcer expriment la colère; plus faciles à prononcer, ils expriment le plaisir ou la tendresse. Les longues phrases ont une expression, les courtes en ont une autre; l'expression est la plus grande lorsque les mots y contribuent, non-seulement comme signes des idées, mais encore comme sons. C'est un effet du hasard quand on peut faire concourir toutes ces choses.» Tout cela n'est pas rigoureusement exact, mais en tout cas cette façon déconsidérer le sujet est la seule raisonnable.
Pour montrer comment on peut se tromper en ne tenant pas compte des véritables conditions rythmiques, je prends les deux vers suivants de Victor Hugo:
C'est naturellement que les monts sont fidèles
Et purs, ayant la forme âpre des citadelles.
Th. de Banville se contente d'admirer comment «le grand mot terrible citadelles est appuyé sur le mot court et solide âpre.» Le mot citadelles n'est terrible que par le sens; autrement le mot mortadelles serait plus terrible, s'il ne désignait une espèce de charcuterie. Puis le mot: citadelles n'est long que pour les yeux; pour l'oreille, le mot âpre est à peu près aussi long. Voilà le mot terrible, si tant est qu'il y en ait un: composé d'un â plein, long, demi-sombre, et de deux consonnes dures, il répond bien à sa signification. Les mots forme âpre donnent un spondée, appui solide et massif au milieu du vers, et qui est suivi immédiatement de quatre syllabes brèves avant l'arrivée d'une syllabe bien accentuée. Il faut seulement marquer un peu la première syllabe de citadelles. Otez ce lourd spondée, le reste du vers ne sera pas plus terrible musicalement que ne l'est un air de flageolet.
Par contraste, prenons quelques vers mauvais, toujours musicalement, car, pour le reste, je ne veux empêcher personne de les trouver excellents:
Du Christ avec ardeur Jeanne baisait l'image;