Veut que tout l'univers ne soit qu'un élément.
Le dernier vers est un peu mesquin; on n'est pas parfait.
En comparant des langues différentes, on peut faire d'intéressantes remarques sur leurs qualités plus ou moins harmonieuses; j'en donnerai un seul exemple. Les fantômes qui apparaissent à Richard III dans son sommeil (au cinquième acte de la tragédie de Shakespeare), terminent chacun leurs malédictions par les mots: despair and die (prononcez: dispêre annd' daï)! Les voyelles claires prennent ici une sonorité particulièrement mordante. En français: désespère et meurs! est plus faible; en allemand dans Verzweifle und stirble premier mot est bon, mais le dernier est sec et mesquin; mieux vaut l'italien par les voyelles ouvertes et bien accentuées: despera e mori! Le dernier mot surtout a une sonorité pleine et énergique.
Seulement, il n'y a pas une grande différence entre mori et amore. Il en sera toujours de même: chaque fois qu'un mot semblera d'un effet particulier, on en trouvera facilement un presque pareil et d'un effet tout autre; nous l'avions déjà vu. L'essentiel dans un mot, c'est la signification.
Concluons.
La poésie n'est pas une musique, ce n'est autre chose que l'aspiration du langage articulé à devenir musique, c'est-à-dire à agir directement sur le sentiment par son union avec le son musical. Cette union, pour être rationnelle, doit être le résultat d'un besoin, la musique acquérant par elle une clarté et une précision d'expression qui lui manquent; la poésie, à son tour, acquérant une action profonde sur le sentiment humain, action qu'elle cherche vainement dans les artifices de la versification.