«Les divorces ne furent jamais si multipliés qu'ils le sont de nos jours; il ne faut pas s'imaginer qu'ils sont occasionnés par aucune affection réelle de l'une ou l'autre des parties, car si elles se sont unies par l'intérêt ou l'alliance, de même elles se désunissent par l'intérêt ou le caprice d'un autre mariage.

«Des femmes entretenues, nous passerons à celles que l'on peut se procurer pour une somme stipulée. Avant l'institution des sérails, le théâtre principal des plaisirs lascifs était dans le voisinage de Covent-Garden. Il existe encore quelques libertines de ce temps qui doivent se ressouvenir des amusements nocturnes de Moll-king, au centre du marché de Covent-Garden. Ce rendez-vous était le réceptacle général des prostituées et libertines de tous les rangs. A cette époque, il y avait sous le marché un jeu public appelé lord Mordington. Plusieurs familles ont dû leur ruine à cette association; elle était souvent la dernière ressource du négociant gêné qui allait droit dans cet endroit avec la propriété de ses créanciers, dans l'espérance de s'y enrichir; mais il était entouré de tant d'escrocs qui, par leurs artifices, le trompaient si adroitement que c'était un miracle lorsqu'il retournait chez lui avec une guinée dans sa poche. De cet établissement infernal, le joueur ruiné qui n'avait pas un schelling pour se procurer un logement se rendait chez Moll-king pour y passer le reste de la nuit; si par hasard il avait une montre ou une paire de boucles d'argent, tandis qu'il dormait, les mains habiles de l'un et l'autre sexe remplissaient les devoirs de leur vocation et la victime malheureuse de la fortune devenait alors une victime plus malheureuse de Mercure et de ses disciples.

«Lorsque Moll-king quitta ses rendez-vous nocturnes, elle se retira avec une fortune très considérable, qu'elle avait amassée par les folies, les vices et le libertinage du siècle.

«Vers le même temps, la mère Douglas, mieux connue sous le nom de mère Cole, avait la plus grande réputation. Elle ne recevait dans sa maison que des libertins du premier rang; les princes et les pairs la fréquentaient, et elle les traitait en proportion de leurs dignités; les femmes de la première distinction y venaient fréquemment incognito, le plus grand secret était strictement observé, et il arrivait souvent que, tandis que milord jouissait dans une chambre des embrassements de Chloé, son épouse lui rendait la chance dans la pièce adjacente.

«Il y avait à cette époque, à l'entour de Covent-Garden, d'autres endroits de marque inférieure. Mme Gould fut la première en vogue, après la mère Douglas. Elle jouait la dame de qualité; elle méprisait les femmes qui juraient ou parlaient indécemment, et elle ne recevait pas celles qui étaient adonnées à la débauche. Ses pratiques consistaient en citoyens riches qui, sous le prétexte d'aller à la campagne, venaient le samedi soir dans sa maison et y restaient jusqu'au lundi matin; elle les traitait du mieux qu'il lui était possible; ses liqueurs étaient excellentes, ses courtisanes très honnêtes, ses lits et ses meubles du goût le plus élégant. Elle avait un cher ami dans la personne d'un certain notaire-public, d'extraction juive, pour qui elle avait un très grand penchant, en raison de ses rares qualités et de ses grandes capacités.

«Près de cet endroit était une autre maison de plaisir, tenue par une dame connue sous le nom de Helle-Fire-Stanhope; on l'appelait ainsi à cause de la liaison intime qu'elle avait eue avec un gentilhomme à qui on avait donné ce sobriquet, parce qu'il avait été président du club de Helle-Fire. Mme Stanhope passait pour une femme aimable et spirituelle; elle avait généralement chez elle les plus belles personnes de Covent-Garden et elle ne recevait que celles qui avaient le ton de la bonne compagnie.


«Commençons ce chapitre en donnant une description de ces deux fameux et infâmes endroits de rendez-vous nocturnes connus sous le nom de Weatherby et de Margeram.

«Le premier de ces endroits, où se réfugiaient les fripons, les débauchés, les voleurs, les filous et les escrocs, fut, dans l'origine, établi, il y a environ trente ans, par Weatherby, peu de temps après la retraite de Moll-king. Son institution ne fut pas plus tôt connue qu'un grand nombre de filles de Vénus, de tous les rangs et conditions, depuis la maîtresse entretenue jusqu'à la barboteuse, se rendirent dans la maison. Un méchant déshabillé était un passeport suffisant pour cet endroit de libertinage et de dissipation. La malheureuse qui mourait de faim, tandis qu'elle lavait sa seule et unique chemise, était sûre, en entrant dans cet infâme lieu, d'y rencontrer un jeune apprenti qui la régalait d'une tranche de mouton et d'un pot de bière; et, s'il avait un peu d'argent, elle lui faisait payer pour dix-huit sols de punch et l'engageait à passer le reste de la nuit avec elle.

«Lucy Cooper avait coutume de venir fréquemment dans ce séjour de prostitution: non qu'elle eût l'intention de disposer de ses charmes à un prix aussi vil que celui de cet endroit, ni qu'elle y fût conduite par la nécessité; car elle était alors élégamment entretenue par feu le baronnet Orlando Br...n, un vieux débauché, qui était si enchanté de ses reparties qu'il l'aurait épousée si elle n'eût pas eu la générosité de refuser sa main, pour ne point couvrir sa famille de déshonneur. Quoiqu'il ne lui laissât manquer de rien et qu'il eût pour elle tous les soins imaginables, la voiture de Lucy était souvent pendant vingt-quatre heures, et quelquefois plus, arrêtée à la porte de Weatherby. D'après ce récit, le lecteur est sans doute curieux de savoir ce qui la portait à fréquenter cette maison de débauche, plutôt que de rester dans son hôtel. La dissipation était sa devise; elle haïssait le baronnet, et chez Weatherby elle était sûre d'y rencontrer Palmer l'acteur, Bet Weyms, Alexandre Stevens, Derrick et autres esprits dont la compagnie lui était agréable.