«—Elle fait passer la beauté des dames et donne de la beauté et des grâces à celles qui n'en ont point.
«—Elle donne aux vieillards qui se croient gais la vigueur de la jeunesse et elle change les jeunes gens en vieillards.
«—Elle a un spécifique particulier pour porter une femme à haïr son mari et à faire un prompt divorce.
«—Elle administre l'absolution dans les cas les plus désespérés, sans confession.
«—Elle possède la pierre philosophale et, au grand étonnement de ses visiteurs, elle change la forme la plus grossière en l'or le plus pur, par un procédé aussi vif qu'inexprimable, lequel a échappé à la découverte de tous nos chimistes, alchimistes, etc.
«—Ayant ainsi démontré ses pouvoirs miraculeux qui lui donnent tant de droits pour être rangée au nombre des saints modernes, nous allons maintenant parler des lois, constitution, règlements et mœurs de ce séminaire.
«—Toute sœur qui prend le voile doit être ou jeune ou belle; si elle réunit ces deux qualités, le sacrifice de sa personne en est mieux considéré par la déesse Vénus, à qui cette institution est dédiée. Elle ne doit pas beaucoup connaître le monde et si elle n'y a pas eu de grande intimité, l'abbesse la juge digne d'être admise au rang des candidates.
«—Elle ne doit pas être mariée, ni avoir aucun amant favori; si par hasard il lui restait dans le cœur quelque tendre attachement, elle doit aussitôt se soumettre à la touche miraculeuse, afin d'en obtenir une parfaite guérison.
«—Comme les frères des séminaires adjacents viennent visiter leurs sœurs de la manière amicale qui convient à leurs caractères, dans le dessein de les convertir et d'apporter du soulagement à leur âme, de même les sœurs, en pareilles occasions, doivent ouvrir leurs seins et ne rien cacher à ces dignes frères.
«—Comme les richesses de ce monde sont au-dessous de l'attention des dévotes qui se sont séquestrées dans ce cloître, la digne patronne, sainte Charlotte, s'approprie, à cet effet, tous les présents, dons et possessions des sœurs, d'une manière tout à fait édifiante, afin de ne pouvoir exciter en elles la vanité ou l'ambition.