«—Sainte Charlotte, en formant cet établissement glorieux et vertueux, ayant en horreur les infidèles et leurs lois, n'en admet aucun dans le couvent; elle n'aime point les coutumes des Turcs qui défendent de boire du vin; elle en permet, au contraire, l'usage, surtout dans les instants où l'on sacrifie à la déesse; ces moments devant être regardés, par la communauté, comme des jours de fêtes qui doivent être distingués en lettres rouges dans le calendrier du séminaire.
«—Sa sévérité ne s'étend point à priver les sœurs de la jouissance des plaisirs raisonnables et innocents; sous ce rapport, elle considère les représentations dramatiques de toute espèce; elle leur permet de visiter souvent les théâtres et même l'opéra. Elle a loué à cet effet, dans chacun de ces endroits, une loge particulière, sous la dénomination de séminaire de Sainte-Charlotte. Comme les jésuites irlandais et autres prêtres de ce pays sont en grand nombre dans cette capitale et que ces prêtres sont connus pour être pauvres et dans le besoin, elle avertit particulièrement les sœurs de ne point se confesser à aucun des frères de ce royaume, excepté le prieur du monastère qui, quoique natif d'Irlande, vient souvent, pour des raisons particulières, faire l'instruction dans son couvent.
«—Comme la dévotion fervente des nonnes est un objet de la plus grande attention, elles ne doivent, sous aucun prétexte quelconque, en être détournées par leurs autres sœurs, ni par les domestiques de la maison.
«—Si quelque frère essayait d'enlever quelque sœur du couvent, il doit aussitôt subir sur le pupitre le châtiment le plus exemplaire et être chassé à perpétuité du séminaire.
«—Il est jugé convenable pour le bon ordre et le règlement de la société que les sœurs ne communiquent point avec celles des autres communautés.
«—Aucune femme ou demoiselle ne peut être admise dans la communauté sans avoir des lettres de recommandation sur leur chaste moralité et leurs vertueuses dispositions; ces lettres doivent être écrites par les personnes qui ont donné des preuves incontestables de leur attachement à ce séminaire.
«—Sainte Charlotte, qui considère l'exercice très nécessaire à la santé, visite fréquemment les endroits publics et se promène fort souvent dans les rues de la capitale avec deux ou trois de ses nonnes. Ces exemples de beauté naissante, dévouée à la vertu et à la vie monastique; la satisfaction et la gaieté exprimées dans leur aimable contenance lui procurent un grand nombre de jeunes personnes qui, édifiées de ses bons principes, se sacrifient à la déesse dont elle est la prêtresse.
«—Lorsque le temps ne permet pas les promenades à pied, alors elle sort toujours accompagnée de quelques-unes de ses vestales, dans un brillant équipage appartenant au couvent, afin d'attirer constamment l'attention des passants.
«—Les heures des sœurs pour le coucher et le lever sont différentes; elles sont relatives aux vigiles qu'elles doivent observer et au nombre des saints qu'elles doivent fêter: car, à cet égard, sainte Charlotte est très rigide et dans le cas de quelque manque ne leur fait pas de rémission. Dans les jours non fêtés, la plus grande régularité et le décorum le plus strict sont observés; alors les nonnes se trouvent toutes réunies aux heures réglées du couvent.
«—Ces vigiles et ces prières étant considérées comme le principal établissement de cette institution, rien ne peut donner de plus grande satisfaction à sainte Charlotte que de trouver dans chaque sœur cette ferveur et dévotion qui caractérisent particulièrement cet ordre; mais comme l'approbation de leurs confesseurs est, dans ces occasions, généralement témoignée par une croix en diamants ou quelques autres présents de prix, alors il est permis à chacune des nonnes, tant qu'elle reste dans le séminaire, de porter ces croix, en forme de collier, sur le sein.