«—Comme cette institution n'est pas trop rigide et qu'on n'y envisage que l'éducation agréable du sexe, on n'y interdit point la musique et la danse; au contraire, il y a des maîtres attachés au couvent qui enseignent ces deux arts, dont la plupart des sœurs ont tiré le plus grand avantage: on y joue à chaque instant de la guitare et on y exécute des cotillons et même le menuet de la cour avec une réputation sans pareille.
«—Il y a un docteur attaché au monastère qui, suivant l'occasion, agit doublement comme médecin et confesseur; il ne prend point d'honoraires.
«—En un mot, tous les plaisirs innocents d'une vie agréable et la félicité sociale règnent, sans mélange, dans ce séminaire qui n'a rien de cette austérité ni rigueur monacale des couvents étrangers.»
«Dès que M. Price eut fini sa lecture, toute la compagnie, le croyant l'auteur de cette composition facétieuse, le remercia du plaisir qu'il lui avait procuré. Il fut ensuite résolu d'aller, le soir même, faire une visite à sainte Charlotte et à ses nonnes; et nous ne manquerons pas d'accompagner les trois Génies dans le séminaire.
«Les trois Génies se rendirent donc au temps prescrit dans la maison de Charlotte qui les reçut avec beaucoup de politesse. Après les compliments de part et d'autre, Samuel Foote dit à Mme Hayes que ses amis et lui étaient venus d'après la lecture qu'on leur avait faite des règles et lois de son séminaire, qui lui paraissaient extrêmement judicieuses et heureusement calculées pour l'avancement de la décence, du décorum et du bon ordre. L'abbesse le remercia poliment de son honnêteté. Samuel Foote lui ayant demandé à voir quelques-unes de ses nonnes, elle lui dit que Clara Ha.w.d finissait sa toilette et allait paraître dans le moment; que Miss Sh...ly avait prié avec tant d'ardeur ce matin, que pour rétablir ses sens agités elle prenait du repos; que Miss Sh..d.m était en ce moment confessée par un vieux baronnet qui, constamment, la visitait deux fois par semaine, et que Miss W..ls et Miss Sc..tt étaient allées à la comédie; mais que si elles n'y rencontraient pas quelques frères, elles reviendraient aussitôt que la pièce serait achevée...
«... Alors Clara entra; et comme M. Price avait suffisamment satisfait sa curiosité, la conversation changea. On pria donc Miss Ha..yv..d de chanter, ce qu'elle fit à la satisfaction générale de toute la compagnie. Mme Hayes dit que Clara était une excellente actrice; Foote la pria de lui réciter quelques morceaux; après quelque hésitation, elle déclama avec tant d'art une scène de la Belle Pénitente que Samuel, surpris et enchanté de son talent, jura qu'elle jouerait sur son théâtre si cette proposition lui paraissait agréable. Clara crut que c'était une pure raillerie de sa part, et elle ne lui répondit que par une révérence; mais peu de temps après, elle fut engagée au théâtre de Hay-Market, où elle eut le plus grand succès, et passa ensuite, à la recommandation de Foote, à celui de Drury-Lane, où elle obtint les applaudissements les plus avantageux.
«Miss Sh..d..m descendit: on la pria de chanter; elle répondit qu'elle était si fatiguée de son opération avec Sir Harry Flagellum qu'elle demandait un petit moment de répit pour remettre ses esprits. «J'ai été, dit-elle, deux grandes heures avec lui et j'ai eu plus de peine à faire passer dans ses veines la ferveur que nous avons vouée à la déesse que nous servons, que si j'eusse fouetté la plus obstinée de toutes les mules des Alpes.»
«Chace Price dit qu'il s'étonnait que la fertile imagination de Charlotte n'eût pas encore inventé une machine propice à ces sortes d'œuvres pieuses; qu'il lui était venu dans l'idée d'en construire une dans le genre de celle qui fut inventée, il y a quelques années, pour raser cent personnes à la fois; et que, d'après un pareil procédé, on pourrait satisfaire, dans le même temps, les souhaits ardents de quarante Flagellums.
«Foote fut de cet avis; puis, tournant le projet à l'avantage national, il pensa que ces machines devraient être construites par autorisation de patentes et qu'attendu le rapport énorme qu'en retireraient les propriétaires, il jugeait nécessaire que le Parlement mît un droit considérable sur chacune de ces machines.