[4] «N'ayant point employé dans le cours de cet ouvrage aucune expression obscène, je me flatte que le lecteur suppléera à la traduction de ce premier mot.»
(Note du traducteur.)
«Miss G...lle, la seconde personne sur la liste des visiteurs femelles de Mme Br...dsh..w, est grande et d'une figure agréable; elle a tout au plus dix-huit ans; sa contenance douce et expressive indique la bonté naturelle de son caractère: elle est la fille d'un chapelain qui mourut pendant qu'elle était très jeune et qui ne lui laissa d'autre soutien qu'une fondation faite au profit, soulagement, entretien et éducation des fils et des filles des ecclésiastiques; elle fut donc, par les fonds de cet établissement, placée apprentie chez une couturière; elle demeura chez cette dame une partie de son apprentissage, mais le clerc d'un avocat lui fit la cour; elle l'écouta favorablement, s'imaginant que ses desseins étaient honorables; elle consentit de passer avec lui en Écosse. Lorsqu'ils furent en route, le clerc employa si bien la rhétorique amoureuse qu'il lui persuada d'antidater la cérémonie. Après deux nuits de pleine satisfaction, il la quitta; elle se vit alors obligée de revenir comme elle put, se trouvant grandement mortifiée d'avoir été abusée. La nécessité où elle se trouvait la contraignit de gagner sa vie. Ayant donc cédé toutes ces prétentions à la chasteté et étant présentée chez Mme Nelson, on lui persuada aisément de suivre les avis de cette dame; elle commença alors un nouvel apprentissage dans cette maison.
«Miss Mas..n descend d'une famille qui vivait au delà de ses revenus et qui s'imaginait qu'il n'était point nécessaire de lui amasser une dot, d'autant qu'elle avait, aux yeux de ses parents, des charmes suffisants pour se procurer un mari de rang et de fortune; mais, hélas! les hommes de ce siècle pensent que la beauté doit toujours être achetée quand elle est accompagnée de la pauvreté, et cette jeune personne est un exemple frappant de la vérité de cette observation.
«Mme Tur..r est la fille d'un gros marchand de drap qui, à sa mort, lui laissa une fortune assez considérable; elle vécut pendant quelque temps dans l'abondance, mais malheureusement elle fit la connaissance de M. Tur..r (qui était un des chasseurs les plus accrédités de fortune et qui avait déjà trompé plusieurs femmes crédules de la même manière qu'il en usa avec cette dame) qui lui offrit de l'épouser; elle céda en peu de temps à ses tendres sollicitations: les noces se firent. A peine le premier mois de mariage était-il écoulé que M. Tur..r décampa, après s'être emparé de l'argent comptant, des billets de banque et effets précieux de sa femme, en un mot de tout ce qu'elle possédait; elle apprit, mais trop tard, qu'avant de l'épouser il avait au moins une demi-douzaine de femmes existantes qu'il avait également traitées. Dans son désespoir, elle résolut d'user de représailles envers tout le sexe masculin et de lever des contributions sur toutes les personnes qui s'adresseraient à elle; elle a si bien réussi à cet égard qu'après avoir travaillé dans sa vocation présente pendant dix-huit mois consécutifs elle a réalisé une somme de 1,500 livres sterling.
«Mme L...ne est une fort jolie femme, elle a des yeux noirs très expressifs et de superbes cheveux; elle est âgée d'environ vingt-cinq ans; elle a demeuré pendant quelque temps dans New-Compton-Street, no 10. Nous avouons que nous n'avons pas eu de renseignements sur sa vie, mais nous croyons qu'elle a été pendant quelque temps chez une marchande de modes, près de Leicester-Fields. Elle n'a point l'âme mercenaire, mais elle est très voluptueuse et très agréable.
«Telles sont les principales personnes qui viennent chez Mme Bradshaw, de laquelle nous prenons congé, après lui avoir fait une aussi longue visite.
«La maison de Mme Pendergast est située dans le centre de King's-Place et a, jusqu'à présent, conservé sa dignité, d'après les règlements de cette abbesse judicieuse. La plupart des belles nymphes, sous la dénomination de filles de joie, ont figuré dans ce séminaire et ont contribué aux plaisirs de la première noblesse...