«... Une ressemblance de nom entre Mme Windsor et une autre dame, qui ne demeure pas à un mille de Wardour-Street, Soho, a empêché plusieurs de ses amis, bien pensants, de venir dans son séminaire, d'après les bruits qui avaient couru de toutes parts que cette dernière dame était encline à un vice qui révolte la nature humaine et dont l'idée seule fait frémir. Mme Windsor ferait bien de changer de nom, afin que ses amis et ses visiteurs n'imputassent plus à sa maison un pareil genre d'amusements.
«Nous trouvons chez Mme Windsor plusieurs belles personnes, au nombre desquelles Betsy K...g, une belle et rayonnante fille de dix-neuf ans, que l'on peut regarder comme la Laïs la plus attrayante qui soit dans les séminaires aux alentours de King's-Place. On peut comparer sa personne à son caractère qui est complètement aimable; et si l'on pouvait, pour un moment, oublier qu'elle est forcée par la nécessité de prostituer sa douce personne, on s'imaginerait voir en elle un ange. Betsy K...ng fut séduite, étant à l'école, par la négresse Harriot qui était dans ce temps dans toute sa gloire; mais il faut avouer qu'elle n'employa pas envers elle les mêmes artifices dont Santa Charlotta se servit à l'égard de Miss M....e, de B....L...., ou Mme Nelson à l'égard de Miss W....ms et Miss J...nes. Il est vrai que la négresse Harriot fut la négociatrice du traité entre Betsy K...g et le lord B....e; mais il faut convenir aussi que Betsy fit presque la moitié des avances, car elle déclara qu'elle était fatiguée d'être à moitié innocente, puisque d'après les pratiques de ses camarades d'école, elle avait acquis une telle connaissance dans l'art de la masturbation qu'elle satisfaisait ses passions presque à l'excès; mais ce moyen, au lieu de lui faire négliger les pensées du bonheur réel, la portait au contraire à désirer avec plus d'empressement la véritable jouissance d'un bon compagnon. Le lord B....e lui fut présenté dans ce point de vue; comme il possédait de toutes les manières tout ce qu'il faut pour rendre une femme complètement heureuse, elle céda à la première entrevue à ses embrassements. Sa fuite jeta l'alarme dans l'école. Lorsque son oncle, qui était son plus proche parent existant, découvrit qu'elle était débauchée et qu'elle résidait dans un des séminaires de King's-Place (pour nous servir d'une phrase vulgaire), il se lava les mains et dit qu'elle ne lui était plus rien. La passion du lord B....e n'ayant pas duré longtemps, elle se trouva dans la nécessité de prostituer ses charmes et d'admettre en sa compagnie une variété d'amants.
«Miss N..w..m est une autre Laïs favorite du séminaire de Mme Windsor. Cette jeune dame est grande et gentille, ses yeux sont très expressifs; elle a les plus beaux cheveux du monde qui n'exigent d'autres arts que de les arranger à son avantage. Un marchand dans Lothbury la visite fréquemment et lui donne un assez joli revenu qui peut lui procurer une aisance honnête; mais l'ambition de briller et un goût insatiable pour la parure et les amusements à la mode la jettent dans une compagnie qu'elle méprise et qui, quelquefois, lui devient à charge: mais comme l'argent est pour Mme N..w..m un argument tout-puissant, elle ne peut pas résister aux charmes de sa tentation toutes les fois qu'il se trouve dans sa route un Soubise ou le petit Isaac de Saint-Mary Axe, elle se rend aussitôt à leur apparition et elle dit qu'elle ne voit pas plus de péché à céder à un maure ou à un juif qu'à un chrétien, ou à toute autre personne, n'importe sa croyance.
«Mme Windsor a fait dernièrement une très grande perte en la personne de Miss Mere..th, une jeune dame gauloise qui attirait chez elle le baronnet V..tk..ns, le baronnet W....w, le lord B....y et la plupart des gentilshommes gaulois qui venaient passer quelque temps à Londres; elle était entièrement formée dans le genre des anciennes Bretonnes; et il est généralement reconnu que les dames de ce pays sont modelées différemment des dames anglaises et qu'elles vous procurent un degré supérieur de jouissances auquel nos compatriotes femelles n'ont encore pu atteindre...
«Nous croyons devoir entretenir nos lecteurs du séminaire de Mme R..ds..n, près de Bolton-Street, Piccadilly. Cette dame joue le bon ton au suprême degré; elle n'admet point dans sa maison les femmes qui fréquentent les séminaires, ni celles que l'on peut se procurer à la minute par un messager de Bedford Arms ou de Maltby. Ses amies femelles sont des dames grandement entretenues ou des femmes mariées qui viennent, incognito, s'amuser avec un beau garçon et gagner, par leurs exploits multipliés, des couronnes de laurier pour en ceindre le front de leurs chers, doux et impotents maris...
«... Mme R...ds...n prend ordinairement soin de rassembler chez elle des parties suivant qu'elle les juge satisfaisantes aux deux sexes, mais elle a été quelquefois fautive d'erreur dans son jugement (comme il est arrivé à l'infortuné Byng); et quoiqu'elle ait reçu mille compliments avantageux du côté mâle et une multiplicité de réprimandes et d'abus de la part des dames, elle a toujours eu le bonheur de s'en tirer avec avantage, malgré les fréquentes et sévères mortifications que ses erreurs lui ont attirées et lui font essuyer journellement.
«Le duc de A... vint un soir avec plusieurs de ses amis dans ce séminaire; ils pensèrent que les dames devaient être contraintes de capituler sur leurs conditions; ils se trouvèrent tous trompés dans leur attente; ils se retirèrent, à l'exception d'un seul qui crut qu'en leur absence il pourrait vaincre Miss L...n qui passait pour une prude et qui, au rapport de plusieurs personnes, n'avait jamais cédé à aucun homme, malgré qu'elle fréquentât la maison de Mme R..ds..n. Il commença d'abord par railler sa prétendue modestie et lui dit qu'il voulait la convaincre qu'il n'y avait rien de moins réel dans le monde femelle que la chasteté; il assura qu'il avait scrupuleusement étudié le sexe pendant plusieurs années, ses artifices, ruses, stratagèmes, affectations, hypocrisie et dissimulation; il ajouta qu'afin de raisonner avec précision sur ce sujet, il avait, avec beaucoup de travail et d'assiduité, formé une échelle des passions amoureuses du sexe femelle et de leur continence prétendue, laquelle il se proposait de présenter à la Société royale et pour laquelle il recevrait, comme il n'en doutait point, son approbation et ses remerciements; en disant cela, il tira de sa poche un papier qui était intitulé:
«Échelle d'incontinence et de continence femelle.
«Nous supposerons le plus haut degré être un trente et un et lorsque le jeu est avec certitude porté à une ouverture, le calcul doit être ainsi trouvé: