Petit in-4o illustré de 12 héliogravures libres hors texte (il y a deux éditions faites par un éditeur, H.....; dans la première, les gravures sont plus petites. Un médaillon donne le portrait de Cleland. Il existe aussi une contrefaçon du second tirage avec les grandes héliogravures, mais sans le portrait.)
Tome I, 6 f. titre et faux titre, 157 p. et 4 f. Tome II, — — — 166 p. et 4 f. Couverture bleue repliée, papier de soie pour, garantir les gravures.
Cette édition est la première qui contienne la traduction des deux paragraphes interpolés dans l'édition signalée par Pisanus Fraxi, reproduits en anglais et en note par Liseux.
| Tome I, 6 f. | titre | et faux titre, | 157 p. et 4 f. |
| Tome II, — | — | — | 166 p. et 4 f. |
Il y a des traductions italiennes et une adaptation sous le titre La Meretrice (Cosmopoli) publiée à Venise vers 1764 et attribuée par le marquis de Paulmy au comte Carlo Gozzi, dernier défenseur de la Commedia dell' Arte.
On connaît une traduction allemande dans le 1er vol. des Priapische Romane.
MÉMOIRES D'UNE FEMME DE PLAISIR
LETTRE PREMIÈRE
Madame,
Je vais vous donner une preuve indubitable de ma complaisance à satisfaire vos désirs et, quelque mortifiante que puisse être la tâche que vous m'imposez, je me ferai un devoir de détailler avec fidélité les périodes scandaleuses d'une vie débordée, dont je me suis enfin tirée heureusement, pour jouir de toute la félicité que peuvent procurer l'amour, la santé et une fortune honnête; étant d'ailleurs encore assez jeune pour en goûter le prix et pour cultiver un esprit qui naturellement n'était pas dépravé, qui, même parmi les dissipations où je me vis entraînée, ne laissa point de former des observations sur les mœurs et sur les caractères des hommes, observations peu communes aux personnes de l'état où j'ai vécu, lesquelles, ennemies de toute réflexion, les bannissent pour jamais, afin d'éviter les remords qu'un retour sur elles-mêmes ferait naître dans leurs cœurs.
Haïssant aussi mortellement que je le fais toute préface inutile, je ne vous ferai point languir par un exorde ennuyeux; je dois seulement vous avertir que je retracerai toutes mes actions avec la même liberté que je les ai commises.
La vérité, la vérité toute nue guidera ma plume. Je ne prendrai même pas la peine de couvrir de la plus légère gaze mes crayons; je peindrai les choses d'après nature, sans crainte de violer les lois de la décence, qui ne sont pas faites pour des personnes aussi intimement amies que nous. D'ailleurs, vous avez une connaissance trop consommée des plaisirs réels pour que leur peinture vous scandalise. Vous n'ignorez pas que les gens d'esprit et de goût ne se font nul scrupule de décorer leurs cabinets de nudités de toute espèce, quoique, par la crainte qu'ils ont de blesser l'œil et les préjugés du vulgaire, ils n'aient garde de les exposer dans leurs salons.