Le jour suivant, Phœbe, ponctuelle à remplir sa promesse, me conduisit par l'escalier dérobé dans un réduit obscur où l'on mettait en réserve de vieux meubles et quelques caisses de liqueurs et d'où nous pouvions voir sans être vues. Les acteurs parurent bientôt, et après de mutuelles embrassades de part et d'autre, il la conduisit jusqu'au lit de repos, en face de nous; tous deux s'y assirent, et le jeune Génois servit du vin avec des biscuits de Naples sur un plateau; puis, après quelques questions qu'il fit en mauvais anglais, il la déshabilla jusqu'à la chemise; Polly, à son exemple, en fit autant avec toute la diligence possible. Alors, comme s'il eût été jaloux du linge qui la couvrait encore, il la mit en un clin d'œil toute nue et exposa à nos regards les membres les mieux proportionnés et les plus beaux qu'il fût possible de voir. La jeune fille, qui était, je le suppose, très habituée à ce procédé, rougit, il est vrai, mais pas autant que moi-même lorsque je pus la contempler debout et toute nue, avec sa chevelure noire dénouée et flottante sur un cou et des épaules d'une blancheur éblouissante, tandis que la carnation plus foncée de ses joues prenait graduellement un ton de neige glacée; car telles étaient les teintes variées et le poli de sa peau.

Polly n'avait pas plus de dix-huit ans. Les traits de son visage étaient réguliers, délicats et doux, sa gorge était blanche comme la neige, parfaitement ronde et assez ferme pour se soutenir d'elle-même sans aucun secours artificiel; deux charmants boutons de corail, distants l'un de l'autre, pointés en sens divers, en faisaient remarquer la séparation.

Au-dessous se profilait la délicieuse région du ventre, terminée par une section à peine perceptible qui semblait fuir par modestie et se cachait entre deux cuisses potelées et charnues; une riche fourrure de zibeline la recouvrait; en un mot, Polly était un vrai modèle de peintre et le triomphe des nudités.

Le jeune Italien (encore en chemise) ne pouvait se lasser de la contempler; ses mains, aussi avides que ses yeux, la parcouraient en tous sens. En même temps, le gonflement de sa chemise faisait juger de la condition des choses qu'on ne voyait pas: mais il les montra bientôt dans tout leur brillant, en se dépouillant à son tour du linge qui les cachait. Ce jeune étranger pouvait avoir alors environ vingt-deux ans; il était grand, bien fait, taillé en hercule, et, sans être beau, d'une figure fort avenante. Son nez inclinait du Romain, ses grands yeux étaient noirs et brillants et sur ses joues un incarnat paraissait qui avait bien sa grâce; car il était de complexion très brune, non de cette couleur foncée et sombre qui exclut l'idée de fraîcheur, mais de ce teint clair d'un luisant olivâtre qui dénote la vie dans toute sa puissance et qui, s'il éblouit moins que la blancheur, plaît cependant davantage, lorsqu'il lui arrive de plaire. Ses cheveux, trop courts pour être noués, tombaient sur son cou en boucles petites et légères; aux environs des seins apparaissaient quelques brindilles d'une végétation qui ornait sa poitrine, indice de force et de virilité. Son compagnon sortait avec pompe d'un taillis frisé; ses dimensions me firent frissonner de crainte pour la tendre petite partie qui allait souffrir ses brusques assauts; car il avait déjà jeté la victime sur le lit et l'avait placée de façon que je voyais tout à mon aise le centre délectable, dont le pinceau du Guide[11] n'aurait pu imiter le coloris vermeil.

[11] Il faut noter que les traducteurs français du XVIIIe siècle ont toujours remplacé ici le nom du Guide par celui de Rubens.

Alors Phœbe me poussa doucement et me demanda si je croyais l'avoir plus petit. Mais j'étais trop attentive à ce que je voyais pour être capable de lui répondre. Le jeune gentleman, en ce moment, s'approchait du but, ne menaçait pas moins que de fendre la charmante enfant, qui lui souriait et semblait défier sa vigueur. Il se guida lui-même et après quelques saccades l'aimable Polly laissa échapper un profond soupir, qui n'était rien moins qu'occasionné par la douleur. Le héros pousse, elle répond en cadence à ses mouvements; mais bientôt leurs transports réciproques augmentent à un tel degré de violence qu'ils n'observent plus aucune mesure. Leurs secousses étaient trop rapides et trop vives, leurs baisers trop ardents pour que la nature y pût suffire; ils étaient confondus, anéantis l'un dans l'autre.

«Ah! ah! je n'y saurais tenir... c'en est trop... je m'évanouis... j'expire... je meurs...» C'étaient les expressions entrecoupées qu'ils lâchaient mutuellement dans cette agonie de délices. Le champion, en un mot, faisant ses derniers efforts, annonça, par une langueur subite répandue dans tous ses membres, qu'il touchait au plus délicieux moment. La tendre Polly ajouta qu'elle y touchait aussi en jetant ses bras avec fureur de côté et d'autre, les yeux fermés avec une sorte de soupir sangloté à faire croire qu'elle expirait.

Quand il se fut retiré, elle resta quelques instants encore sans mouvements... Elle sortit à la fin de son évanouissement et, sautant au cou de son ami, il parut, par les nouvelles caresses que la friponne lui prodigua, que l'essai qu'elle venait de faire de sa vigueur ne lui avait point déplu.

Je n'entreprendrai pas de décrire ce que je sentis pendant cette scène, mais de cet instant adieu mes craintes, et j'étais si pressée de mes désirs que j'aurais tiré par la manche le premier homme qui se serait présenté, pour le supplier de me débarrasser d'un brimborion qui m'était désormais insupportable.

Phœbe, quoique plus accoutumée que moi à de semblables fêtes, ne put être témoin de celle-ci sans être émue. Elle me tira doucement de ma place d'observation et me conduisit du côté de la porte. Là, faute de chaise et de lit, elle m'adossa contre le mur et alla reconnaître cette partie où je sentais de si vives irritations. Elle fit un effet aussi prompt que celui du feu sur la poudre. Alors, nous revînmes à notre poste.