A BYRON
Byron que ta mélodie est suave et triste!
Prêtant à l'âme des accords de tendresse,
Comme si la douce Pitié, avec une force inaccoutumée,
Avait touché son luth plaintif, et que toi à ses côtés,
Tu eusses saisi les sons et ne leur eusses pas permis de mourir.
La douleur qui couvre tout ne te rend pas moins
Séduisant: bien que tes chagrins soient revêtus
D'un brillant halo, d'un éblouissant éclat,
Comme lorsqu'un nuage voile la lune dorée,
Et que ses bords sont colorés d'une lumière resplendissante;
A travers la sombre robe, souvent percent des rayons transparents
Qui s'infiltrent comme de jolies veines dans le marbre noir.
Chante encore, cygne agonisant! refais encore le récit,
Le récit enchanteur, le récit du plaisant pitoyable.
1815.
A CHATTERTON
O Chatterton! que ton destin fut triste!
Cher enfant du chagrin—fils de la misère!
Combien prématurément les ténèbres de la mort ont éteint tes yeux,
Où le génie mettait une douce lueur et un haut dessein!
Combien prématurément ta voix, majestueuse et inspirée,
Se dissolvait en vers mourants! Oh! combien proche
Fut la nuit de ton admirable matin. Tu mourus
Fleurette à demi épanouie frappée par les souffles glacés.
Mais c'est le passé: te voilà parmi les astres
Au plus haut du ciel: aux sphères qui tourbillonnent
Tu chantes harmonieusement; rien ne gâte tes hymnes,
Au-dessus du monde ingrat et des humaines épouvantes.
Sur terre, l'homme juste défend contre les vils détracteurs
Ton illustre nom et l'abreuve de larmes.
1815.