SUR LA MER
Elle entretient d'éternels murmures autour
De ses rivages désolés, et de son puissant gonflement
Engloutit deux fois dix mille cavernes, jusqu'à ce que le charme
D'Hécate leur abandonne leurs sonores et antiques ténèbres.
Souvent on la trouve d'humeur si paisible,
Que c'est à peine si la plus petite écaille
Sera remuée, pour des jours, de la place où elle est une fois tombée,
Lorsque, la dernière fois, les vents du ciel étaient déchaînés.
O vous! qui avez les prunelles des yeux meurtries et lassées,
Régalez-les devant l'immensité de la mer;
O vous! dont les oreilles sont rassasiées de rudes vacarmes
Ou repues jusqu'à indigestion de fades mélodies,
Asseyez-vous à l'entrée de quelque vieille caverne, et méditez
Jusqu'à ce que vous tressailliez, comme si les nymphes de la mer chantaient!
18 avril 1817.
SONNET
Quand je crains de cesser d'être
Avant que ma plume ait glané mon fertile cerveau,
Avant qu'une pile élevée de livres, dans leurs caractères imprimés,
Renferme, comme de pleins greniers, une moisson bien mûre;
Quand j'étudie sur la face étoilée de la nuit,
Les vastes symboles nuageux d'un haut poème,
Et sens que je ne vivrai jamais pour retracer
Leurs ombres, avec la main magique de la chance;
Et quand je sens, exquise créature d'une heure!
Que je ne te verrai jamais plus devant moi,
Que je ne savourerai plus l'enchanteur pouvoir
De l'inconscient amour! alors sur la grève
Du vaste monde, je me tiens seul, et je médite,
Jusqu'à ce qu'Amour et Gloire plongent dans le néant.
1817.