«Bien avez-vous jugé, bien fini ce long débat, synode des dieux! Et vous avez résolu une chose grande comme vous l'êtes, une chose qui, du plus profond de l'abîme, nous élèvera encore une fois, en dépit du sort, plus près de notre ancienne demeure. Peut-être à la vue de ces frontières brillantes, avec nos armes voisines et une incursion opportune, avons-nous des chances de rentrer dans le ciel, ou du moins, d'habiter sûrement une zone tempérée, non sans être visités de la belle lumière du ciel: au rayon du brillant orient nous nous délivrerons de cette obscurité; l'air doux et délicieux, pour guérir les escarres de ces feux corrosifs, exhalera son baume.
«Mais d'abord qui enverrons-nous à la recherche de ce nouveau monde? Qui jugerons-nous capable de cette entreprise? Qui tentera d'un pas errant le sombre abîme, infini, sans fond, et à travers l'obscurité palpable trouvera son chemin sauvage? Ou qui déploiera son vol aérien, soutenu par d'infatigables ailes sur le précipice abrupt et vaste, avant d'arriver à l'île heureuse? Quelle force, quel art peuvent alors lui suffire? Ou quelle fuite secrète le fera passer en sûreté à travers les sentinelles serrées et les stations multipliées des anges veillant à la ronde? Ici il aura besoin de toute sa circonspection; et nous n'avons pas besoin dans ce moment de moins de discernement dans notre suffrage; car sur celui que nous enverrons, reposera le poids de notre entière et dernière espérance.»
Cela dit, il s'assied, et l'expectation tient son regard suspendu, attendant qu'il se présente quelqu'un pour seconder, combattre ou entreprendre la périlleuse aventure: mais tous demeurent assis et muets, pesant le danger dans de profondes pensées; et chacun, étonné, lit son propre découragement dans la contenance des autres. Parmi la fleur et l'élite de ces champions qui combattirent contre le ciel, on ne peut trouver personne assez hardi pour demander ou accepter seul le terrible voyage: jusqu'à ce qu'enfin Satan, qu'une gloire transcendante place à présent au-dessus de ses compagnons, dans un orgueil monarchique, plein de la conscience de son haut mérite, parla de la sorte, sans émotion:
«Postérité du ciel, Trônes, empyrées, c'est avec raison que nous sommes saisis d'étonnement et de silence, quoique non intimidés! Long et dur est le chemin qui de l'enfer conduit à la lumière; notre prison est forte; cette énorme convexité de feu, violent pour dévorer, nous entoure neuf fois: et les portes d'un diamant brûlant, barricadées contre nous, prohibent toute sortie. Ces portes-ci passées (si quelqu'un les passe), le vide profond d'une nuit informe, large bâillant, le reçoit, et menace de la destruction entière de son être celui qui se prolongera dans le gouffre avorté. Si de là l'explorateur s'échappe dans un monde, quel qu'il soit, ou dans une région inconnue, que lui reste-t-il? Des périls inconnus, une évasion difficile! Mais je conviendrais mal à ce trône, ô pairs, à cette souveraineté impériale ornée de splendeur, armée de pouvoir, si la difficulté ou le danger d'une chose proposée et jugée d'utilité publique pouvait me détourner de l'entreprendre. Pourquoi assumerais-je sur moi les dignités royales? Je ne refuserais pas de régner et je refuserais d'accepter une aussi grande part de péril que d'honneur! part également due à celui qui règne, et qui lui est d'autant plus due qu'il siège plus honoré au-dessus du reste!
«Allez donc, Trônes puissants, terreur du ciel, quoique tombés, allez essayer dans notre demeure (tant qu'ici sera notre demeure) ce qui peut le mieux adoucir la présente misère et rendre l'enfer plus supportable, s'il est des soins, ou un charme pour suspendre, ou tromper, ou ralentir les tourments de ce malheureux séjour. Ne cessez de veiller contre un ennemi qui veille, tandis qu'au loin parcourant les rivages de la noire destruction, je chercherai la délivrance de tous. Cette entreprise, personne ne la partagera avec moi.»
Ainsi disant, le monarque se leva et prévint toute réplique: prudent il a peur que d'autres chefs, enhardis par sa résolution, ne vinssent offrir à présent, certains d'être refusés, ce qu'ils avaient redouté d'abord; et ainsi refusés, ils seraient devenus ses rivaux dans l'opinion; achetant à bon marché la haute renommée que lui, Satan, doit acquérir au prix de dangers immenses.
Mais les esprits rebelles ne craignaient pas plus l'aventure que la voix qui la défendait, et avec Satan ils se levèrent; le bruit qu'ils firent en se levant tous à la fois fut comme le bruit du tonnerre, entendu dans le lointain. Ils s'inclinèrent devant leur général avec une vénération respectueuse, et l'exaltèrent comme un dieu égal au Très-Haut qui est le plus élevé dans le ciel. Ils ne manquèrent pas d'exprimer par leurs louanges combien ils prisaient celui qui, pour le salut général, méprisait le sien: car les esprits réprouvés ne perdent pas toute leur vertu, de peur que les méchants ne puissent se vanter sur la terre de leurs actions spécieuses qu'excite une vaine gloire, ou qu'une secrète ambition recouvre d'un vernis de zèle.
Ainsi se terminèrent les sombres et douteuses délibérations des démons se réjouissant dans leur chef incomparable. Comme quand du sommet des montagnes les nues ténébreuses, se répandant tandis que l'aquilon dort, couvrent la face riante du ciel, l'élément sombre verse sur le paysage obscurci la neige ou la pluie; si par hasard le brillant soleil, dans un doux adieu, allonge son rayon du soir, les campagnes revivent, les oiseaux renouvellent leurs chants, et les brebis bêlantes témoignent leur joie qui fait retentir les collines et les vallées. Honte aux hommes! le démon s'unit au démon damné dans une ferme concorde; les hommes seuls, de toutes les créatures raisonnables, ne peuvent s'entendre, bien qu'ils aient l'espérance de la grâce divine; Dieu proclamant la paix, ils vivent néanmoins entre eux dans la haine, l'inimitié et les querelles; ils se font des guerres cruelles, et dévastent la terre pour se détruire les uns les autres; comme si (ce qui devrait nous réunir) l'homme n'avait pas assez d'ennemis infernaux qui jour et nuit veillent pour sa destruction.
Le concile stygien ainsi dissous, sortirent en ordre les puissants pairs infernaux: au milieu d'eux marchait leur grand souverain, et il semblait seul l'antagoniste du ciel non moins que l'empereur formidable de l'enfer: autour de lui, dans une pompe suprême et une majesté imitée de Dieu, un globe de chérubins de feu l'enferme avec des drapeaux blasonnés et des armes effrayantes. Alors on ordonne de crier au son royal des trompettes le grand résultat de la session finie. Aux quatre vents, quatre rapides chérubins approchent de leur bouche le bruyant métal, dont le son est expliqué par la voix du héraut: le profond abîme l'entendit au loin, et tout l'ost de l'enfer renvoya des cris assourdissants et de grandes acclamations.
De là l'esprit plus à l'aise, et en quelque chose relevé par une fausse et présomptueuse espérance, les bataillons formés se débandèrent; chaque démon à l'aventure prend un chemin divers, selon que l'inclination ou un triste choix le conduit irrésolu; il va où il croit plus vraisemblablement faire trêve à ses pensées agitées, et passer les heures ennuyeuses jusqu'au retour du grand chef.