«—Gloire au Très-Haut! bonne volonté aux hommes à venir, et paix dans leur demeure! Gloire à celui dont la juste colère vengeresse a chassé le méchant de sa vue et des habitations du juste! À lui gloire et louange dont la sagesse a ordonné de créer le bien du mal: au lieu des malins esprits, une race meilleure sera mise dans leur place vacante, et sa bonté se répandra dans des mondes et dans des siècles sans fin.»—
«Ainsi chantaient les hiérarchies.
«Cependant le Fils parut pour sa grande expédition, ceint de la toute-puissance, couronné des rayons de la majesté divine: la sagesse et l'amour immense, et tout son Père brillaient en lui. Autour de son char se répandaient sans nombre Chérubins, Séraphins, Potentats, Trônes, Vertus, esprits ailés, et les chars ailés de l'arsenal de Dieu: ces chars de toute antiquité placés par myriades entre deux montagnes d'airain, étaient réservés pour un jour solennel, tout prêts, harnachés, équipages célestes; maintenant ils se présentent spontanément (car en eux vit un esprit) pour faire cortège à leur Maître. Le ciel ouvrit, dans toute leur largeur, ses portes éternelles tournant sur leurs gonds d'or avec un son harmonieux, pour laisser passer le Roi de gloire dans son puissant Verbe et dans son Esprit, qui venait de créer de nouveaux mondes.
«Ils s'arrêtèrent tous sur le sol du ciel, et contemplèrent du bord l'incommensurable abîme, orageux comme une mer, sombre, dévasté, sauvage, bouleversé jusqu'au fond par des vents furieux, enflant des vagues comme des montagnes, pour assiéger la hauteur du ciel et pour confondre le centre avec le pôle.
«—Silence, vous, vagues troublées! et toi, abîme, paix! dit le Verbe qui fait tout; cessez vos discordes!»—
«Il ne s'arrêta point, mais enlevé sur les ailes des Chérubins, plein de la gloire paternelle, il entra dans le chaos et dans le monde qui n'était pas né; car le chaos entendit sa voix: le cortège des anges le suivait dans une procession brillante, pour voir la création et les merveilles de sa puissance. Alors il arrête les roues ardentes, et prend dans sa main le compas d'or, préparé dans l'éternel trésor de Dieu, pour tracer la circonférence de cet univers et de toutes les choses créées. Une pointe de ce compas il appuie au centre, et tourne l'autre dans la vaste et obscure profondeur, et il dit:
«—Jusque-là étends-toi, jusque-là vont tes limites; que ceci soit ton exacte circonférence, ô monde!»—
«Ainsi Dieu créa le ciel, ainsi il créa la terre; matière informe et vide. De profondes ténèbres couvraient l'abîme: mais sur le calme des eaux l'Esprit de Dieu étendit ses ailes paternelles, et infusa la vertu vitale et la chaleur vitale à travers la masse fluide; mais il précipita en bas la lie noire, tartaréenne, froide, infernale, opposée à la vie. Alors il réunit, alors il engloba les choses semblables avec les choses semblables; il répartit le reste en plusieurs places, et étendit l'air entre les objets: la terre, d'elle-même balancée, sur son centre posa.
«—Que la lumière soit»! dit Dieu.—
«Soudain la lumière éthérée, première des choses, quintessence pure, jaillit de l'abîme, et partie de son orient natal, elle commença à voyager à travers l'obscurité aérienne, enfermée dans un nuage sphérique rayonnant, car le soleil n'était pas encore: dans ce nuageux tabernacle elle séjourna quelque temps.