«Dieu vit que la lumière était bonne, et il sépara la lumière des ténèbres par hémisphère: il donna à la lumière le nom de jour, et aux ténèbres le nom de nuit. Et du soir et du matin se fit le premier jour. Il ne passa pas sans être célébré, ce jour, sans être chanté par les chœurs célestes, lorsqu'ils virent l'orient pour la première fois exhalant la lumière des ténèbres; jour de naissance du ciel et de la terre. Ils remplirent de cris de joie et d'acclamations l'orbe universel! ils touchèrent leurs harpes d'or, glorifiant par des hymnes Dieu et ses œuvres: ils le chantèrent Créateur quand le premier soir fut, et quand fut le premier matin.

«Dieu dit derechef:

«—Que le firmament soit au milieu des eaux, et qu'il sépare les eaux d'avec les eaux.»—

«Et Dieu fit le firmament, étendue d'air élémentaire, liquide, pur, transparent, répandu en circonférence jusqu'à la convexité la plus reculée de son grand cercle; division ferme et sûre, séparant les eaux inférieures de celles qui sont au-dessus. Car, ainsi que la terre, Dieu bâtit le monde sur les eaux calmes circonfluentes, dans un large océan de cristal, et fort éloigné du bruyant désordre du chaos, de peur que ses rudes extrémités contiguës ne dérangeassent la structure entière de ce monde; et Dieu donna au firmament le nom de ciel. Ainsi du soir et du matin, le chœur chanta le second jour.

«La terre était créée, mais encore ensevelie, embryon prématuré, dans les entrailles des eaux; elle n'apparaissait pas: sur toute la surface de la terre le plein océan s'étendit, non inutile, car par une humidité tiède et prolifique, attendrissant tout le globe de la terre, il faisait fermenter cette mère commune pour qu'elle pût concevoir, saturée d'une moiteur vivifiante.

«Dieu dit alors:—«Que les eaux qui sont sous le ciel se rassemblent dans un seul lieu, et que l'élément aride paraisse.»—

«Aussitôt apparaissent deux montagnes énormes, émergentes, et leurs larges dos pelés se soulevant jusqu'aux nues; leurs têtes montent dans le ciel. Aussi hautes que s'élevèrent les collines intumescentes, aussi bas s'abaissa un bassin creux et profond, ample lit des eaux. Elles y courent avec une précipitation joyeuse, enroulées comme des gouttes sur la poussière, qui se forment en globules par l'aridité. Une partie de ces eaux avec hâte s'élève en mur de cristal, ou en montagne à pic: telle fut la vitesse que le grand commandement imprima aux flots agiles. Comme des armées, à l'appel des trompettes (car tu as entendu parler d'armées), s'attroupent autour de leurs étendards, ainsi la multitude liquide roule vague sur vague là où elle trouve une issue, dans la pente escarpée torrent impétueux, dans la plaine courant paisible. Ni les rochers ni les collines n'arrêtent ces ondes; mais sous la terre, ou en longs circuits promenant leurs sinueuses erreurs, elles se frayent un chemin, et percent dans le sol limoneux de profonds canaux; chose facile avant que Dieu eût ordonné à la terre de devenir sèche partout, excepté entre ces bords où coulent aujourd'hui les fleuves qui entraînent incessamment leur humide cortège.

«Dieu appela terre l'élément aride, et le grand réservoir des eaux rassemblées il l'appela mer; il vit que cela était bon, et dit:

«—Que la terre produise de l'herbe verte, l'herbe qui porte de la graine, et les arbres fruitiers qui portent des fruits, chacun selon son espèce, et qui renferment leur semence en eux-mêmes sur la terre.»—

«À peine a-t-il parlé que la terre nue (jusqu'alors déserte et chauve, sans ornement, désagréable à la vue), poussa une herbe tendre qui revêtit universellement sa surface d'une charmante verdure; alors les plantes de différentes feuilles, qui soudain fleurirent en déployant leurs couleurs variées, égayèrent son sein suavement parfumé. Et celles-ci étaient à peine épanouies que la vigne fleurit, chargée d'une multitude de grappes; la courge enflée rampa, le chalumeau du blé se rangea en bataille dans son champ, l'humble buisson et l'arbrisseau mêlèrent leur chevelure hérissée. Enfin s'élevèrent, comme en cadence, les arbres majestueux, et ils déployèrent leurs branches surchargées, enrichies de fruits ou emperlées de fleurs. Les collines se couronnèrent de hautes forêts; les vallées et les fontaines de touffes de bois; les fleuves de bordures le long de leur cours. La terre à présent parut un ciel, séjour où les dieux pouvaient habiter, errer avec délices, et se plaire à fréquenter ses sacrés ombrages.