Ils priaient; dans l'état le plus humble ils demeuraient repentants; car du haut du trône de la miséricorde la grâce prévenante descendue, avait ôté la pierre de leurs cœurs, et fait croître à sa place une nouvelle chair régénérée qui exhalait à présent d'inexprimables soupirs; inspirés par l'esprit de prière, ces soupirs étaient portés au ciel sur des ailes d'un vol plus rapide que la plus impétueuse éloquence. Toutefois le maintien d'Adam et d'Ève n'était pas celui de vils postulants: leur demande ne parut pas moins importante que l'était celle de cet ancien couple des fables antiques (moins ancien pourtant que celui-ci), de Deucalion et de la chaste Pyrrha, alors que pour rétablir la race humaine submergée, il se tenait religieusement devant le sanctuaire de Thémis.

Les prières d'Adam et d'Ève volèrent droit au ciel; elles ne manquèrent pas le chemin, vagabondes ou dispersées par les vents envieux; toutes spirituelles, elles passèrent la porte divine; alors revêtues par leur grand Médiateur, de l'encens qui fumait sur l'autel d'or, elles arrivèrent jusqu'à la vue du Père, devant son trône. Le Fils, plein de joie et les présentant, commence ainsi à intercéder:

«Considère, ô mon Père, quels premiers fruits sur la terre sont sortis de ta grâce implantée dans l'homme, ces soupirs et ces prières, que, mêlés à l'encens dans cet encensoir d'or, moi, ton prêtre, j'apporte devant toi: fruits provenus de la semence jetée avec la contrition dans le cœur d'Adam, fruits d'une saveur plus agréable que ceux (l'homme les cultivant de ses propres mains) qu'auraient pu produire tous les arbres du paradis, avant que l'homme fût déchu de l'innocence. Incline donc à présent l'oreille à sa supplication; entends ses soupirs quoique muets: ignorant des mots dans lesquels il doit prier, laisse-moi les interpréter pour lui, moi son avocat, sa victime de propitiation; greffe sur moi toutes ses œuvres bonnes ou non bonnes; mes mérites perfectionneront les premières, et ma mort expiera les secondes. Accepte-moi, et par moi reçois de ces infortunés une odeur de paix favorable à l'espèce humaine. Que l'homme réconcilié vive au moins devant toi ses jours comptés, quoique tristes jusqu'à ce que la mort, son arrêt (dont je demande l'adoucissement, non la révocation) le rende à la meilleure vie où tout mon peuple racheté habitera avec moi dans la joie et la béatitude, ne faisant qu'un avec moi, comme je ne fais qu'un avec toi.»

Le Père, sans nuage, serein:

«Toutes tes demandes pour l'homme, Fils agréable, sont obtenues, toutes tes demandes étaient mes décrets. Mais d'habiter plus longtemps dans le paradis, la loi que j'ai donnée à la nature le défend à l'homme. Ces purs et immortels éléments, qui ne connaissent rien de matériel, aucun mélange inharmonieux et souillé, le rejettent, maintenant infecté; ils veulent s'en purger comme d'une maladie grossière, le renvoyer à un air grossier, à une nourriture mortelle comme à ce qui peut le mieux le disposer à la dissolution opérée par le Péché, lequel altéra le premier toutes les choses, et d'incorruptibles les rendit corruptibles.

«Au commencement j'avais créé l'homme doué de deux beaux présents, de bonheur et d'immortalité: le premier il l'a follement perdu; la seconde n'eût servi qu'à éterniser sa misère; alors je l'ai pourvu de la mort; ainsi la mort est devenue son remède final. Après une vie éprouvée par une cruelle tribulation, épurée par la foi et par les œuvres de cette foi, éveillé à une seconde vie dans la rénovation du juste, la mort élèvera l'homme vers moi avec le ciel et la terre renouvelés.

«Mais appelons maintenant en congrégation tous les bénis, dans les vastes enceintes du ciel; je ne veux pas leur cacher mes jugements; qu'ils voient comment je procède avec l'espèce humaine, ainsi qu'ils ont vu dernièrement ma manière d'agir avec les anges pécheurs: mes saints, quoique stables dans leur état, en sont demeurés plus affermis.»

Il dit, et le Fils donna le grand signal au brillant ministre qui veillait; soudain il sonna de sa trompette (peut-être entendue depuis sur Oreb quand Dieu descendit, et qui retentira peut-être encore une fois au jugement dernier). Le souffle angélique remplit toutes les régions: de leurs bosquets fortunés qu'ombrageait l'amarante, du bord de la source, ou de la fontaine, du bord des eaux de la vie, partout où ils se reposaient en sociétés de joie, les fils de la lumière se hâtèrent, se rendant à l'impérieuse sommation; et ils prirent leurs places, jusqu'à ce que du haut de son trône suprême, le Tout-Puissant annonça ainsi sa souveraine volonté:

«Enfants, l'homme est devenu comme l'un de nous; il connaît le bien et le mal depuis qu'il a goûté de ce fruit défendu; mais qu'il se glorifie de connaître le bien perdu et le mal gagné: plus heureux s'il lui avait suffi de connaître le bien par lui-même, et le mal pas du tout. À présent il s'afflige, se repent et prie avec contrition: mes mouvements sont en lui; ils agissent plus longtemps que lui; je sais combien son cœur est variable et vain, abandonné à lui-même. Dans la crainte qu'à présent sa main, devenue plus audacieuse, ne se porte aussi sur l'arbre de vie, qu'il n'en mange, qu'il ne vive toujours, ou qu'il ne rêve du moins de vivre toujours, j'ai décidé de l'éloigner, de l'envoyer hors du jardin labourer la terre d'où il a été tiré; sol qui lui convient mieux.

«Michel, je te charge de mon ordre: avec toi prends à ton choix de flamboyants guerriers parmi les chérubins, de peur que l'ennemi ou en faveur de l'homme, ou pour envahir sa demeure vacante, n'élève quelque nouveau trouble. Hâte-toi, et du paradis de Dieu chasse sans pitié le couple pécheur, chasse de la terre sacrée des profanes, et dénonce-leur et à toute leur postérité le perpétuel bannissement de ce lieu. Cependant, de peur qu'ils ne s'évanouissent en entendant leur triste arrêt rigoureusement prononcé (car je les vois attendris et déplorant leurs excès avec larmes), cache-leur toute terreur. S'ils obéissent patiemment à ton commandement, ne les congédie pas inconsolés; révèle à Adam ce qui doit arriver dans les jours futurs, selon les lumières que je te donnerai; entremêle à ce récit mon alliance renouvelée avec la race de la femme: ainsi renvoie-les, quoique affligés, cependant en paix.