«À l'orient du jardin du côté où il est plus facile de gravir Éden, place une garde de chérubins et la flamme largement ondoyante d'une épée, afin d'effrayer au loin quiconque voudrait approcher, et interdire tout passage à l'arbre de vie, de peur que le paradis ne devienne le réceptacle d'esprits impurs, que tous mes arbres ne soient leur proie, dont ils déroberaient le fruit, pour séduire l'homme encore une fois.»
Il se tut: l'archangélique pouvoir se prépare à une descente rapide, et avec lui la cohorte brillante des vigilants chérubins. Chacun d'eux, ainsi qu'un double Janus, avait quatre faces; tout leur corps était semé d'yeux comme des paillettes, plus nombreux que les yeux d'Argus, et plus vigilants que ceux-ci qui s'assoupirent, charmés par la flûte arcadienne, par le roseau pastoral d'Hermès, ou par sa baguette soporifique.
Cependant, pour saluer de nouveau le monde avec la lumière sacrée, Leucothoé s'éveillait et embaumait la terre d'une fraîche rosée, alors qu'Adam et Ève notre première mère finissaient leur prière, et trouvaient leur force augmentée d'en haut: ils sentaient de leur désespoir sourdre une nouvelle espérance, une joie, mais encore liée à la frayeur. Adam renouvela à Ève ses paroles bienvenues:
«Ève, la foi peut aisément admettre que tout le bien dont nous jouissons descend du ciel; mais que de nous quelque chose puisse monter au ciel, assez prévalant pour occuper l'esprit de Dieu souverainement heureux, ou pour incliner sa volonté, c'est ce qui paraît difficile à croire. Cependant cette prière du cœur, un soupir rapide de la poitrine de l'homme volent jusqu'au trône de Dieu: car depuis que j'ai cherché par la prière d'apaiser la Divinité offensée, que je me suis agenouillé, et que j'ai humilié tout mon cœur devant Dieu, il me semble que je le vois placable et doux me prêtant l'oreille. Je sens naître en moi la persuasion qu'avec faveur j'ai été écouté. La paix est rentrée au fond de mon sein, et dans ma mémoire la promesse que ta race écrasera notre ennemi. Cette promesse, que je ne me rappelai pas d'abord dans mon épouvante, m'assure à présent que l'amertume de la mort est passée et que nous vivrons. Salut donc à toi, Ève, justement appelée la mère de tout le genre humain, la mère de toutes choses vivantes, puisque par toi l'homme doit vivre, et que toutes choses vivent pour l'homme.»
Ève, dont le maintien était doux et triste:
«Je suis peu digne d'un pareil titre, moi pécheresse, moi qui ayant été ordonnée pour être ton aide, suis devenue ton piège: reproche, défiance et tout blâme, voilà plutôt ce qui m'appartient. Mais infini dans sa miséricorde a été mon juge, de sorte que moi qui apportai la première la mort à tous, je suis qualifiée la source de vie! Tu m'es ensuite favorable quand tu daignes m'appeler hautement ainsi, moi qui mérite un tout autre nom! Mais les champs nous appellent au travail maintenant imposé avec sueur quoique après une nuit sans sommeil. Car vois! le matin, tout indifférent à notre insomnie, recommence en souriant sa course de roses. Marchons! désormais je ne m'éloignerai plus jamais de ton côté, en quelque endroit que notre travail journalier soit situé, quoique maintenant il nous soit prescrit pénible jusqu'au tomber du jour. Tandis que nous demeurons ici, que peut-il y avoir de fatigant dans ces agréables promenades? Vivons donc ici contents, bien que dans un état déchu.»
Ainsi parla, ainsi souhaita la très-humiliée Ève; mais le destin ne souscrivit pas à ses vœux. La nature donna d'abord des signes exprimés par l'oiseau, la brute et l'air; l'air s'obscurcit soudainement après la courte rougeur du matin; à la vue d'Ève l'oiseau de Jupiter fondit de la hauteur de son vol sur deux oiseaux du plus brillant plumage, et les chassa devant lui; descendu de la colline, l'animal qui règne dans les bois (premier chasseur alors), poursuivit un joli couple, le plus charmant de toute la forêt, le cerf et la biche: leur fuite se dirigeait vers la porte orientale. Adam les observa, et suivant des yeux cette chasse, il dit à Ève, non sans émotion:
«Ô Ève, quelque changement ultérieur nous attend bientôt: le ciel par ces signes muets dans la nature, nous montre les avant-coureurs de ses desseins, ou il nous avertit que nous comptons peut-être trop sur la remise de la peine, parce que la mort est reculée de quelques jours. De quelle longueur, et quelle sera notre vie jusque-là, qui le sait? Savons-nous plus que ceci: nous sommes poudre, et nous retournerons en poudre, et nous ne serons plus? Autrement, pourquoi ce double spectacle offert à notre vue, cette poursuite dans l'air et sur la terre d'un seul côté, et à la même heure? Pourquoi cette obscurité dans l'orient avant que le jour soit à mi-cours? Pourquoi la lumière du matin brille-t-elle davantage dans une nue de l'occident qui déploie sur le bleu firmament une blancheur rayonnante, et descend avec lenteur chargée de quelque chose de céleste?»
Adam ne se trompait pas, car dans ce temps les cohortes angéliques descendaient à présent d'un nuage de jaspe dans le paradis, et firent halte sur une colline; apparition glorieuse, si le doute et la crainte de la chair n'eussent ce jour-là obscurci les yeux d'Adam! Elle ne fut pas plus glorieuse cette autre vision, quand à Manahin les anges rencontrèrent Jacob qui vit la campagne tendue des pavillons de ses gardiens éclatants; ou cette vision à Dothaïn sur une montagne enflammée, couverte d'un camp de feu prêt à marcher contre le roi syrien, lequel, pour surprendre un seul homme, avait, comme un assassin, fait la guerre, la guerre non déclarée.
Le prince hiérarche laissa sur la colline à leur brillant poste, ses guerriers pour prendre possession du jardin. Seul pour trouver l'endroit où Adam s'était abrité, il s'avança, non sans être aperçu de notre premier père, qui dit à Ève pendant que la grande visite s'approchait: