Je ne doute pas de trouver un jour l'enchaînement véritable de ces sujets, mais cela importe peu, ce groupe de quatre-feuilles étant de moindre intérêt que le reste, et celui du massacre des Innocents curieusement illustratif de l'incapacité du sculpteur à exprimer toute action ou passion violentes.
Mais je ne veux pas essayer d'entrer ici dans les questions relatives à l'art de ces bas-reliefs. Ils n'ont jamais eu d'autre objet que d'être des symboles, ou des guides pour la pensée. Et, si le lecteur veut se laisser doucement conduire par eux, il peut créer lui-même dans son cœur de plus beaux tableaux; et en tout cas, il peut reconnaître comme leur message à tous, les vérités générales qui suivent:
52. D'abord, que dans tout le Sermon sur cette Montagne d'Amiens, le Christ n'apparaît jamais comme le Crucifié, comme le Christ mort ni n'en éveille un instant la pensée; mais comme le Verbe Incarné, comme l'Ami présent—comme le Prince de la Paix sur la terre[306]—et comme le roi éternel dans le Ciel. Ce que Sa vie est, ce que Ses commandements sont, et ce que Son jugement sera sont les choses ici enseignées; non ce qu'il fit un jour, ce qu'il souffrit un jour, mais ce qu'il fait à présent, ce qu'il nous ordonne de faire. Ceci est la pure, joyeuse, belle leçon du Christianisme; et les causes de décadence de cette foi et toutes les corruptions de ses pratiques stériles peuvent se résumer brièvement ainsi: l'habitude d'avoir sous nos yeux la mort du Christ, au lieu de sa vie, la méditation de ses souffrances passées substituée à celles de notre devoir présent[307].»
Puis en second lieu, quoique le Christ; ne porte pas sa croix, les prophètes affligés, les apôtres persécutés, les disciples martyrs, portent la leur. Car s'il vous est salutaire de vous rappeler ce que votre Créateur immortel a fait pour vous, il ne l'est pas moins de vous rappeler ce que des hommes mortels nos semblables, ont fait aussi. Vous pouvez à votre gré nier le Christ ou le renier, mais le martyre, vous pouvez seulement l'oublier; le nier, vous ne le pouvez. Chaque pierre de cet édifice a été cimentée de son sang et il n'y a pas de sillon de ses piliers qui n'ait été labouré par sa souffrance.
Gardant donc ces choses dans votre cœur, retournez-vous maintenant vers la statue centrale du Christ, écoutez son message et comprenez-le. Il tient le Livre de la Loi Éternelle dans Sa main gauche; avec la droite Il bénit, mais bénit sous condition: «Fais ceci et tu vivras[308]», ou plutôt dans un sens plus strict et plus rigoureux: «Sois ceci, et tu vivras», montrer de la pitié n'est rien, être pur en action n'est rien, tu dois être pur aussi dans ton cœur.
Et avec cette parole de la loi inabolie. «Ceci, si tu ne le fais pas, ceci, si tu ne l'es pas, tu mourras».
55. Mourir—quelque idée que vous vous fassiez de la mort—totalement et irrévocablement. Il n'est pas parlé dans la théologie du XIIIe siècle du pardon (dans notre sens moderne) des péchés, et il n'est pas parlé non plus du Purgatoire. Au-dessus de cette image du Christ avec nous, du Christ notre Ami, est placée l'image du Christ au-dessus de nous, du Christ notre Juge. Pour cette présente vie—voici Sa présence secourable. Après cette vie—voici Sa venue pour prendre connaissance de nos actes et des intentions de nos actes; et séparer l'obéissant du désobéissant, l'aimant du méchant, sans espoir donné à ce dernier d'aucun recours, d'aucune réconciliation. Je ne sais pas quels commentaires adoucissants furent ajoutés ensuite et tracés en minuscules effrayées par la main des Pères, ou chuchotés en murmures hésitants par les prélats de l'Église moderne. Mais je sais que le langage de chaque pierre sculptée, de chaque brillant vitrail, de ces choses qui étaient journellement vues et universellement comprises par le peuple, était absolument et uniquement l'enseignement de Moïse au Sinaï aussi bien que de saint Jean à Patmos, du commencement comme à la fin de la Révélation du Seigneur à Israël.
Il en fut ainsi, simplement—sévèrement—et sans interruption pendant les trois grands siècles du christianisme dans sa force (XIe, XIIe, XIIIe siècles), et dans toute l'étendue de son empire, d'Iona à Cyrène et de Calpe à Jérusalem. À quelle époque la doctrine du Purgatoire a-t-elle été ouvertement acceptée par les docteurs catholiques, je ne sais, ni ne me soucie de le savoir. Elle a été formulée pour la première fois par Dante, mais n'a jamais été acceptée un instant par les maîtres de l'art sacré de son temps ou par ceux d'aucune grande école, à quelque époque que ce soit[309].
56. Je ne sais pas non plus ni ne tiens à savoir—à quelle époque la notion de la Justification par la Foi dans le sens moderne se trouva fixée nettement dans l'esprit des sectes et des écoles hérétiques du Nord. En réalité, sa force fut scellée par ses premiers auteurs sur un ascétisme qui différait de la règle monastique en ce qu'il était apte seulement à détruire, jamais à construire, qui s'efforçait d'imposer à tous la sévérité qu'il jugeait bon de s'imposer à lui-même, et luttait ainsi pour faire du monde un monastère sans art, sans lettres et sans pitié[310].