Son effort violent éclata au milieu des furies d'une réaction de dissolution et d'incrédulité et reste maintenant la plus méprisable des reprises populaires et des emplâtres pour chaque accroc à la loi et déchirure de la conscience que l'intérêt peut provoquer ou l'hypocrisie déguiser.

57. À partir des querelles qui suivirent entre les deux grandes sectes de l'église corrompue au sujet des prières pour les morts et des indulgences pour les vivants, de la suprématie papale ou des libertés populaires, aucun homme, femme ou enfant n'a plus besoin de prendre la peine d'étudier l'histoire du Christianisme. Ce ne sont rien que les querelles des hommes, et le rire des démons parmi ses ruines. Sa vie, son évangile et sa puissance sont entièrement écrites dans les grandes œuvres de ses vrais croyants: en Normandie et en Sicile, sur les îlots des rivières de France et aux pentes gazonnées riveraines des fleuves anglais, sur les rochers d'Orvieto et près des sables de l'Arno.

Mais de toutes ces œuvres, celle dont les leçons parlent de la façon la plus simple, la plus complète et la plus imposante à l'esprit actif de l'Europe du Nord est encore celle qui s'élève sur les premières pierres d'Amiens[311].

Croyez ce qu'elle vous enseigne, ou ne le croyez pas, lecteur, comme vous le voudrez: comprenez seulement combien cela a été un jour entièrement cru; et que toutes les belles choses ont été faites, et toutes les nobles actions[312] accomplies, quand cette foi était encore dans sa force, avant que vînt ce que nous pouvons appeler «le temps présent», où la question de savoir si la religion a quelque effet sur la moralité est gravement agitée par des gens qui n'ont essentiellement aucune idée de ce que peuvent signifier l'un ou l'autre de ces mots.

Relativement auquel débat peut-être aurez-vous la patience de lire ce qui suit, tandis que la flèche d'Amiens s'efface dans le lointain et que votre wagon se précipite vers l'Ile-de-France qui exhibe aujourd'hui les échantillons les plus admirés de l'art, de l'intelligence et de la vie européenne.

59. Toutes les créatures humaines, dans tous les temps et tous les lieux du monde, qui ont des affections ardentes, le sens commun, et l'empire sur elles-mêmes, ont été et sont naturellement morales. La nature humaine dans sa plénitude est nécessairement morale—sans amour elle est inhumaine—sans raison[313], inhumaine—sans discipline, inhumaine. Dans la proportion exacte où les hommes sont nés capables de ces choses, où on leur a appris à aimer, à penser, à supporter la souffrance, ils sont nobles, vivent heureux, meurent calmes et leur souvenir est pour leur race un honneur et un bienfait perpétuels. Tous les hommes sages savent et ont su ces choses depuis que la forme de l'homme a été séparée de la poussière; la connaissance et le commandement de ces lois n'a rien à faire avec la religion[314]: un homme bon et sage diffère d'un homme méchant et idiot, simplement comme un bon chien d'un chien hargneux, et toute espèce de chien d'un loup ou d'une belette. Et si vous devez croire, ou prêcher sans y croire, la foi en un monde ou une loi spirituelle—seulement dans l'espoir que quoique vous commettiez, ou que d'autres commettent d'insensé ou d'indigne—cela pourra grâce à ces doctrines être raccommodé et replâtré, et pardonné, et entièrement remis à neuf—moins vous croirez en un monde spirituel et surtout moins vous en parlerez, mieux cela sera.

60. Mais si, aimant les créatures qui sont comme vous-même, vous sentez que vous aimeriez encore plus chèrement des créatures meilleures que vous-même, si elles vous étaient révélées; si, vous efforçant de tout votre pouvoir d'améliorer ce qui est mal, près de vous et autour de vous, vous aimiez à penser au jour où le Juge de toute la terre rendra tout juste[315] et où les petites collines se réjouiront de tous côtés[316]; si, vous séparant des compagnons qui vous ont donné toute la meilleure joie que vous ayez eue sur terre, vous gardiez le désir de rencontrer de nouveau leurs regards et de presser leurs mains, là où les regards ne seront plus obscurcis, ni les mains défaillantes; si, vous préparant vous-même à être couchés sous l'herbe dans le silence et la solitude sans plus voir la beauté, sans plus sentir la joie, vous vouliez vous soucier de la promesse qui vous a été faite d'un temps dans lequel vous verriez de nouveau la lumière de Dieu et connaîtriez les choses que vous aspirez à connaître, et marcheriez dans la paix de l'éternel Amour—alors l'Espoir de ces choses pour vous est la religion; leur Substance dans votre vie est la Foi. Et dans leur vertu il nous est promis que les royaumes de ce monde deviendront un jour les royaumes de Notre Seigneur et de Son Christ[317].

[174]La flèche d'Amiens est une flèche de charpente (Voir Viollet-le-Duc, art. Flèche).—(Note du Traducteur.)