En 1516, un autre nom et un nom important apparaît dans les comptes rendus, celui de Jean Trupin, «un simple ouvrier aux gages de trois sous par jour», mais certainement un bon sculpteur et plein de feu dont c'est, sans aucun doute, le portrait fidèle et de sa propre main, qui fait le bras de la 83° stalle (à droite, le plus près de l'abside) au-dessous duquel est gravé son nom JHAN TRUPIN, et de nouveau sous la 92° stalle avec, en plus, le vœu: «Jan Trupin, Dieu pourvoie».
L'œuvre entière fut terminée le jour de la Saint-Jean, 1522, sans aucune espèce d'interruption (autant que nous sachions), causée par désaccord, ou décès, ou malhonnêteté, ou incapacité parmi ceux qui y travaillaient ensemble, maîtres ou serviteurs.
Et une fois les comptes vérifiés par quatre membres du chapitre, il fut établi que la dépense totale était de 9.488 livres, 11 sous, et 3 oboles (décimes) ou 474 napoléons, 11 sous, 3 décimes d'argent français moderne, ou en gros 400 livres sterling anglaises.
C'est pour cette somme qu'une troupe probablement de six ou huit bons ouvriers, vieux et jeunes, a été tenue en joie et occupée pendant quatorze ans; et ceci, que vous voyez, laissé comme un résultat palpable et comme un présent pour vous.
Je n'ai pas examiné les sculptures de façon à pouvoir désigner avec quelque précision l'œuvre de chacun des différents maîtres; mais, en général, le motif de la fleur et de la feuille dans les ornements sont des deux menuisiers principaux et de leurs apprentis: le travail si poussé des récits de l'Écriture est l'Avernier, il est égayé çà et là de hors-d'œuvre variés dus à Trupin, et les raccords et les points ont été faits par les ouvriers ordinaires. Il n'a pas été employé de clous, tout est au mortier, et si admirablement que les jointures n'ont pas bougé jusqu'ici et sont encore presque imperceptibles. Les quatre pyramides terminales «vous pourriez les prendre pour des pins géants oubliés pendant six siècles sur le sol où l'église fut bâtie, on peut n'y voir d'abord qu'un luxe fou de sculptures et d'ornementation creuse, mais vues et analysées de près, elles sont des merveilles d'ordre systématique dans la construction réunissant toute la légèreté, la force et la grâce des flèches les plus célèbres de la dernière époque du moyen âge.»
Les détails ci-dessus sont tous extraits ou simplement traduits de l'excellente description des Stalles et clôtures du chœur de la cathédrale d'Amiens, par MM. les chanoines Jourdain et Duval (Amiens, Vve Alfred Caron, 1867). Les esquisses lithographiques qui l'accompagnent sont excellentes et le lecteur y trouvera les séries entières des sujets indiqués avec précision et brièveté ainsi que tous les renseignements sur la charpente et la clôture du chœur dont je n'ai pas la place de parler dans cet abrégé pour les voyageurs.—(Note de l'Auteur.)
[188]La partie la plus forte et destinée à tenir la plus longtemps dans un siège, de l'ancienne ville, était sur cette hauteur.—(Note de l'Auteur.)
[189]La cathédrale.—(Note du Traducteur.)
[190]Cf. avec The Two Paths: «Ces statues (celles du porche occidental de Chartres) ont été longtemps et justement considérées comme représentatives de l'art le plus élevé du XIIe ou du commencement du XIIIe siècle en France; et, en effet, elles possèdent une dignité et un charme délicat qui manquent, en général, aux œuvres plus récentes. Ils sont dus, en partie, à une réelle noblesse de traits, mais principalement à la grâce mêlée de sévérité des lignes tombantes de l'excessivement mince draperie; aussi bien qu'à un fini des plus étudiés dans la composition, chaque partie de l'ornementation s'harmonisant tendrement avec le reste. Autant que leur pouvoir sur certains modes de l'esprit religieux est due à un degré palpable de non-naturalisme en eux, je ne le loue pas, la minceur exagérée du corps et la raideur de l'attitude sont des défauts; mais ce sont de nobles défauts, et ils donnent aux statues l'air étrange de faire partie du bâtiment lui-même et de le soutenir, non comme la cariatide grecque sans effort, où comme la cariatide de la Renaissance par un effort pénible ou impossible, mais comme si tout ce qui fut silencieux et grave, et retiré à part, et raidi avec un frisson au cœur dans la terreur de la terre, avait passé dans une forme de marbre éternel; et ainsi l'Esprit a fourni, pour soutenir les piliers de l'église sur la terre, toute la nature anxieuse et patiente dont il n'était plus besoin dans le ciel. Ceci est la vue transcendantale de la signification de ces sculptures.
Je n'y insiste pas. Ce sur quoi je m'appuie est uniquement leurs qualités de vérité et de vie. Ce sont toutes des portraits—la plupart d'inconnus, je crois—mais de palpables et d'indiscutables portraits; s'ils n'ont pas été pris d'après la personne même qui est censée représentée, en tout cas ils ont été étudiés d'après quelque personne vivante dent les traits peuvent, sans invraisemblance, représenter ceux du roi ou du saint en question. J'en crois plusieurs authentiques, il y en a un d'une reine qui, évidemment, de son vivant, fut remarquable pour ses brillants yeux noirs. Le sculpteur a creusé bien profondément l'iris dans la pierre et ses yeux foncés brillent encore pour nous avec son sourire.