[181]«Car vous êtes le temple du Dieu vivant ainsi que Dieu l'a dit: «J'habiterai au milieu d'eux et j'y marcherai; je serai leur Dieu et ils seront mon peuple» (II Corinthiens, VI, 16).—(Note du Traducteur.)
[182]Cf. l'idée contraire dans le beau livre de Léon Brunschwig Introduction à la vie de l'Esprit, chap. III: «Pour éprouver la joie esthétique, pour apprécier l'édifice, non plus comme bien construit mais comme vraiment beau, il faut... le sentir en harmonie, non plus avec quelque fin extérieure, mais avec l'état intime de la conscience actuelle. C'est pourquoi les anciens monuments qui n'ont plus la destination pour laquelle ils ont été faits ou dont la destination s'efface plus vite de notre souvenir se prêtent si facilement et si complètement à la contemplation esthétique. Une cathédrale est une œuvre d'art quand on ne voit plus en elle l'instrument du salut, le centre de la vie sociale dans une cité; pour le croyant qui la voit autrement, elle est autre chose (page 97). Et page 112: «les cathédrales du moyen âge... peuvent avoir pour certains un charme que leurs auteurs ne soupçonnaient pas.» La phrase précédente n'est pas en italique dans le texte. Mais j'ai voulu l'isoler parce qu'elle me semble la contre-partie même de la Bible d'Amiens et, plus généralement, de toutes les études de Ruskin sur l'art religieux, en général.—(Note du Traducteur.)
[183]Cf. le passage concordant de Lectures on Art où est rappelée la vieille expression française de «logeur du Bon Dieu» (Lectures on Art, II, § 60 et suivants).
[184]Voir plus haut sur ces sculptures la note, page 113.
[185]Cf. «Le travail du charpentier, le premier auquel se livra sans doute le fondateur de notre religion» (Lectures ou Art, II, § 31).—(Note du Traducteur.)
[186]Le lecteur philosophe sera tout à fait bienvenu à «découvrir» et «opposer» autant de motifs charnels qu'il voudra—compétition avec le voisin Beauvais—confort pour des têtes chargées de sommeil—soulagement pour les flancs gras, et autres choses semblables. Il finira par trouver qu'aucune somme de compétition ou de recherche de confort ne pourrait, à présent, produire rien qui soit l'égal de cette sculpture; encore moins sa propre philosophie, quel que soit son système; et que ce fut, en vérité, le petit grain de moutarde de la foi, avec une quantité très notable, en outre, d'honnêteté dans les mœurs et dans le caractère qui fit que tout le reste concourût au bien.
[187]Arnold Boulin, menuisier à Amiens, sollicita l'entreprise et l'obtint dans les premiers mois de l'année 1508. Un contrat fut passé et un accord fait avec lui pour la construction de cent vingt stalles avec des sujets historiques, des dossiers hauts, des dais pyramidaux. Il fut convenu que le principal exécutant aurait sept sous de Tournay (un peu moins que le sou de France) par jour, pour lui et son apprenti (trois pence par jour pour les deux, c'est-à-dire 1 shilling par semaine pour le maître, et six pences par semaine pour l'ouvrier), et pour la surintendance du travail entier 12 couronnes par an, au taux de 24 sous la couronne (c'est-à-dire 12 shillings par an). Le salaire du simple ouvrier était de trois sous par jour. Pour les sculptures des stalles et les sujets d'histoire qu'elles devraient traiter, un marché séparé fut conclu avec Antoine Avernier, découpeur d'images, résidant à Amiens, au taux de trente-deux sous (seize pences) le morceau. La plus grande partie des bois venait de Clermont-en-Beauvoisis près d'Amiens; les plus beaux, pour les bas-reliefs, de Hollande, par Saint-Valéry et Abbeville.
Le chapitre désigna quatre de ses membres pour surveiller le travail: Jean Dumas, Jean Fabres, Pierre Vuaille, et Jean Lenglaché auxquels mes auteurs (tous deux chanoines) attribuent le choix des sujets, de la place à leur donner et l'initiation des ouvriers «au sens véritable et le plus élevé de la Bible ou des légendes et portant quelquefois le simple savoir-faire de l'ouvrier jusqu'à la hauteur du génie du théologien».
Sans prétendre fixer la part de ce qui revient au savoir-faire et à la théologie dans la chose, nous avons seulement à remarquer que la troupe entière, maîtres, apprentis, découpeurs d'images, et quatre chanoines, emboîtèrent le pas et se mirent à l'ouvrage le 3 juillet 1508, dans la grande salle de l'évêché, qui devait servir à la fois de cabinet de travail pour les artistes et d'atelier pour les ouvriers pendant tout le temps de l'affaire. L'année suivante, un autre menuisier, Alexandre Huet, fut associé à la corporation pour s'occuper des stalles à la droite du chœur pendant qu'Arnold Boulin continuait celles de gauche. Arnold laissant son nouvel associé commander pour quelque temps, alla à Beauvais et à Saint-Riquier pour y voir les boiseries; et en juillet 1511 les deux maîtres allaient ensemble à Rouen «pour étudier les chaires de la cathédrale».
L'année précédente, en outre, deux Franciscains, moines d'Abbeville, «experts et renommés dans le travail du bois», avaient été appelés par le chapitre d'Amiens pour donner leur avis sur les œuvres en cours, et avaient eu chacun vingt sous pour cet avis, et leurs frais de voyages».